-
Pourquoi la location s’est imposée chez les particuliers
-
LOA : des offres moins strictes qu’au départ
-
Une « zone grise » : location, mais logique de crédit
-
Commissions, incitations : ce qui pousse les concessions
-
Ce qui change avec la directive DCC 2 et la date du 20 novembre
-
Vendeurs : vers moins de « recommandation »
-
La LLD progresse et se rapproche de la LOA
Écrit par La rédaction Meilleurtaux .
Mis à jour le
14 août 2026 .
Temps de lecture :
6 min
- Détails
- Publié le par la Rédaction Meilleurtaux
La location a pris le dessus sur l’achat de voitures neuves en quelques années, au point de marginaliser le crédit auto. Une réforme du crédit conso va toutefois resserrer les règles de la LOA, tandis que la LLD progresse.
- Entre 2019 et six ans plus tard, l’achat passe de 62% à 37% des immatriculations, tandis que le leasing grimpe de 38% à 63% (AAA Data).
- Moins de 7% des clients financeraient leur voiture par emprunt, contre 70% dans les années 2010 (CCFA/ASF).
- La LOA sera intégrée au cadre du crédit conso en France à partir du 20 novembre (DCC 2, ordonnances 2025, décret 2026).
- Les offres devront notamment présenter le TAEG réel et une comparaison entre coût total en LOA et prix de base du véhicule.
- La LLD progresse fortement et atteint 30% des nouvelles immatriculations début 2026, au coude-à-coude avec la LOA.
En dix ans, le modèle économique de l’auto neuve s’est profondément déplacé vers la location. D’après AAA Data, l’achat était encore majoritaire en 2019 (62% des immatriculations, contre 38% en leasing). Six ans après, la situation est inversée : 37% pour l’achat et 63% pour la location.
Ce changement pèse directement sur le financement : en recoupant les données du CCFA et de l’ASF, on voit que moins de 7% des clients font appel à l’emprunt pour leur voiture, alors que ce mode de paiement représentait 70% des transactions dans les années 2010.
Pourquoi la location s’est imposée chez les particuliers
Les codes publicitaires illustrent la bascule : là où le prix et la mention « crédit » dominaient, les messages mettent désormais en avant un « loyer » ou une « mensualité ». Pour Dominique Legeais, avocat et professeur de droit à Paris-Cité, « Désormais, on ne cherche plus à vendre un véhicule ».
Selon lui, l’explication tient en une phrase : « les voitures coûtent trop cher » ! Plusieurs études estiment une hausse de 50% sur 10 ans et de près de 100% depuis le début des années 2000. Les modèles hybrides et électriques, 20 à 30% plus chers, tirent la moyenne vers le haut. En parallèle, l’Insee indique que les salaires n’ont progressé que d’à peine 15% en 25 ans : afficher « 250 euros par mois » pour une citadine peut donc paraître plus acceptable que « 20 000 euros ».
LOA : des offres moins strictes qu’au départ
Au milieu des années 2010, le leasing concernait encore moins d’un acheteur sur 10. Importé des États-Unis, il s’accompagnait souvent de conditions jugées rigides (kilométrage plafonné, loyers élevés, parfois au-dessus d’un crédit).
À l’approche de 2020, les formules se sont ajustées : loyers en baisse, services ajoutés (entretien, assistance). La LOA s’est imposée, au point de couvrir aujourd’hui un tiers des immatriculations. Son attrait tient aussi à l’issue du contrat (souvent 3 ans) : rendre le véhicule ou lever l’option d’achat. D’après les données citées, près de 30% des véhicules sont conservés après ces locations.
Une « zone grise » : location, mais logique de crédit
Leasing auto et location immobilière ne se superposent pas : il s’agit d’un engagement financier limité dans le temps, assorti de règles d’usage. Sa particularité tient au fait que l’achat final n’est qu’une possibilité, ce qui explique un encadrement historiquement moins strict.
Dans la pratique, l’opération ressemble pourtant à un financement. « Dans ce qui constitue le loyer d'une LOA, une part infime correspond finalement à l'acquisition », explique Thierry Bonneau, professeur à l'Université Panthéon-Assas (Paris 2) et spécialiste en droit bancaire et financier. Il rappelle que « le montant de l'option est dit résiduel : ce n'est pas le prix total de la voiture ».
Conséquence : certains devoirs associés au crédit classique ne s’appliquent pas toujours au même niveau (mise en garde, clarté sur coûts et conditions). Dans son enquête 2025, Que Choisir indique que 30% des clients en leasing se sont laissés « convaincre » par les vendeurs, et 32% disent avoir choisi la location car elle était « plus intéressante » financièrement, un point contesté par des spécialistes.
Commissions, incitations : ce qui pousse les concessions
La structure de rémunération rend la LOA attractive en point de vente. Sur une voiture neuve, une concession dégage généralement une marge de 2 000 à 4 000 euros. Avec un leasing, l’organisme financeur verse en plus une commission d’environ 500 à 1000 euros, ce qui peut se traduire par deux primes internes pour un même dossier.
Olivier Bernardi alerte : « Il y a un vrai conflit d'intérêts. Quand votre rémunération dépend de vos chiffres, vous avez évidemment envie de vendre des voitures avec financement. » Il évoque aussi des discours pouvant simplifier la réalité d'une LOA qui serait « facile » et « pas chère ». Et lors de contrôles, il est constaté « une forme de distanciation » : « Très souvent de bonne foi, les vendeurs ne se sentent pas responsables de la dimension crédit. » Résultat, « ils peuvent pousser la LOA sans se poser trop de questions. Dans leur esprit, si le client est trop en difficulté, la banque dira non. » Or elle refuse rarement, notamment parce que Le leasing n'étant pas un prêt, ses conditions d'octroi sont donc bien moins strictes en matière de vérifications et de solvabilité ; certains parlent même d’un processus « presque automatique ».
Ce qui change avec la directive DCC 2 et la date du 20 novembre
L’Union européenne a estimé la protection du consommateur insuffisante. Avec la directive DCC 2 de 2023, les États membres doivent intégrer la LOA dans le cadre du crédit à la consommation. En France, l’entrée en vigueur est prévue à partir du 20 novembre, dans le contexte des ordonnances du 3 septembre et du 2 décembre 2025 et du décret d’application du 19 février 2026.
Le texte prévoit davantage d’explications avant signature : présentation détaillée de l’offre, documents mentionnant le TAEG réel (frais inclus), conditions de sortie de contrat, et même une comparaison entre le coût d'un achat avec LOA et le prix de base du véhicule. « Ce sont des informations déterminantes, applaudit Dominique Legeais. Cela montrera que c'est une opération financière : un établissement achète une automobile, vous la donne en location, il y a une option, un financement, celui-ci est rémunéré... »
L’octroi doit aussi devenir plus rigoureux, avec collecte d’informations et étude de solvabilité justifiant l’accord. Les partenaires financiers réaliseront les analyses, mais le vendeur devra, au quotidien, réunir les pièces, présenter les éléments chiffrés et s’assurer de la bonne compréhension.
Vendeurs : vers moins de « recommandation »
La réforme oblige les intermédiaires à clarifier leur rôle. S’ils proposent un « service de conseil », ils devront fournir trois solutions de financement et les analyser. Selon plusieurs observateurs, cette option pourrait être peu choisie. Si le vendeur ne rend pas ce service, il lui sera interdit de « préconiser » ou « recommander » la LOA. « Il pourra simplement signaler qu'il ajoute une proposition de financement », précise Olivier Bernardi. Autre changement : un avantage (cadeau, remise) ne pourra plus être conditionné à la souscription de cette offre.
À noter : la France n’a pas transposé l’ensemble de la directive DCC 2, qui prévoit aussi la divulgation des liens avec les banques (exclusivité, frais et rémunérations). Olivier Bernardi cite l’exemple des « primes versées par les financeurs ». Il ajoute : « Dans le cas de contentieux, il est probable que le juge interprète les règles du droit français à la lumière de la DCC 2 ».
La LLD progresse et se rapproche de la LOA
Reste la question de l’effet sur les comportements. Olivier Bernardi note qu’une partie des ménages raisonne d’abord en budget mensuel : « elle regarde juste si elle peut verser X euros par mois pour une voiture. » Même si la comparaison met en évidence un projet à 45 000 euros plutôt que 35 000, il anticipe que l’argumentaire commercial continuera souvent de se concentrer sur le loyer, le « tout compris » et le renouvellement fréquent du véhicule.
Il estime toutefois qu’un crédit peut permettre d’économiser 2 à 5% dans la majorité des cas, tout en limitant le risque de pénalités. Sur ce dernier point, Que Choisir relève que 25% des clients ont payé des frais (kilométrage dépassé ou véhicule jugé « dégradé », parfois pour de simples rayures).
Côté marché, une autre formule se développe : la LLD (location longue durée), sans option d’achat. Longtemps marginale chez les particuliers (moins de 2%), elle a fortement progressé en cinq ans. Début 2026, la LLD talonne même la LOA, à 30% des immatriculations. AAA Data indique que le marché « anticipe sans doute les évolutions règlementaires » : la « longue durée », sans logique de remboursement, la « longue durée » ne peut être vue comme un crédit et n’est donc pas concernée par les nouveaux textes. Pour les concessionnaires, elle resterait plus simple à attribuer, avec des exigences de transparence moins lourdes.