Écrit par La rédaction Meilleurtaux .
Mis à jour le
27 mai 2026 .
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- Publié le par la Rédaction Meilleurtaux
À partir du 20 novembre, la réforme du crédit à la consommation renforce les exigences applicables aux publicités d’emprunt. Objectif : rendre les messages plus clairs, tout en laissant subsister un point de droit sur la place réelle des mentions obligatoires.
- À compter du 20 novembre, la réforme du crédit conso renforce les règles de publicité.
- L’information devra être « claire, loyale et non trompeuse » (article L. 312-5).
- La directive européenne DCC2 (18 octobre 2023) exige des mentions lisibles, concises et « proéminentes ».
- La transposition française n’ayant pas tout repris, la jurisprudence pourrait trancher en cas de litige.
- Des experts contestent l’utilité du bandeau « un crédit vous engage... ».
Entre « Fumer tue » ou « L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. », les messages-chocs font partie du paysage. La logique s’est étendue au fil du temps à d’autres domaines, des produits « gras, salés, sucrés » à l’usage de la voiture, et jusqu’aux prêts personnels avec la formule : « Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager ».
Pour autant, l’encadrement actuel de la publicité sur les emprunts reste relativement limité. L’article L. 312-8 du code de la consommation impose surtout d’afficher certains éléments (coût total, mensualités, etc.) dans le « corps principal » de l’annonce, et dans une typographie plus importante que celle du taux promotionnel. En revanche, le texte ne fixe pas d’exigence explicite sur l’intelligibilité : rien n’oblige formellement l’annonceur à rendre ces informations réellement compréhensibles, voire même facilement lisibles.
Ce qui change au 20 novembre : une publicité « claire »
Ce « vide » laisse mécaniquement place à des pratiques discutables. La réforme du crédit conso, issue de l’ordonnance du 3 septembre 2025, doit donc resserrer les règles à compter du 20 novembre. Le nouveau cadre s’appuie notamment sur l’article L. 312-5, qui exigera une information « claire, loyale et non trompeuse ».
Thierry Bonneau, professeur à l’Université Panthéon-Assas (Paris 2) et spécialiste en droit bancaire et financier cité par MoneyVox, insiste sur l’enjeu : « En matière de crédit, la publicité est, semble-t-il, déterminante dans les décisions prises par le consommateur. Si l'on part de ce principe, c'est évidemment une bonne chose d'employer un langage plus compréhensible ! »
Directive DCC2 : des mentions « proéminentes » attendues
Sur la forme, des interrogations demeurent. Olivier Bernardi, avocat qui conseille de nombreux acteurs financiers, avance : « Des informations comme les taux annuels, les coûts totaux ou frais vont devoir être plus grandes que tout le reste ». À la lecture des ordonnances et décrets, cette obligation n’apparaît pas telle quelle.
L’explication se trouve plutôt du côté européen. La directive du 18 octobre 2023, dite « DCC2 », encadre la publicité (article 8) et impose que un message d'avertissement et des « informations standard » soient présentés de manière clairement lisible et concise. Il s’agit, sans les noyer dans un bloc illisible, de faire figurer notamment : le taux débiteur, le taux annuel global, l’ensemble des frais, le coût total, la durée, etc.
La directive ajoute un critère de visibilité : ces éléments doivent être « proéminents », donc mis en avant. « Ce qui compte pour l'Europe, c'est que les informations standard apparaissent bien », résume Olivier Bernardi, afin qu’elles soient « plus visibles » que le texte publicitaire.
Un point de droit ouvert : France vs Europe
Reste que le droit français n’a pas repris intégralement l’article 8. En cas de contestation, les magistrats devront arbitrer. Olivier Bernardi prévoit une lecture « européenne » du dispositif : « Il est probable que le juge interprète les règles du droit français à la lumière de la DCC2. » Il estime qu’une annonce où les conditions seraient « écrasées » pourrait être sanctionnée : « C'est assez classique, dans les transpositions de directive, de constater des imprécisions de ce type. Généralement, la jurisprudence vient rectifier cela. »
Jusqu’où détailler l’offre, et à quoi sert le bandeau ?
Sur le fond, Thierry Bonneau rappelle l’importance d’offres publicitaires alignées sur les contrats, mais questionne l’empilement de détails : « On peut se demander s'il n'y a pas des informations un peu inutiles. Le plus important, c'est ce qui a une incidence financière » : taux et coût du crédit, modalités de remboursement, frais d’incidents… Dominique Legeais, avocat et professeur de droit à Paris-Cité, partage la recherche d’équilibre : « Où est l'équilibre ? Il y a eu tellement d'excès dans les offres de crédit... Il faut aussi de la protection, pour ne pas arriver à n'importe quoi. »
En revanche, les trois spécialistes se montrent réservés sur la mention « un crédit vous engage... ». « Est-ce si essentiel ? », interroge Thierry Bonneau. « Quand vous contractez un emprunt, cela semble une évidence que vous devez le rembourser. Il ne faut pas trop abaisser le niveau du consommateur. » Olivier Bernardi fait un parallèle : « Les gens continuent d'acheter des paquets où est inscrit « fumer tue » ! L'étape finale, ce serait d'écrire sur chaque offre que l'on déconseille d'emprunter de l'argent ! »
De quoi relancer la question : à quand la mention « l'abus de crédits est dangereux pour la santé » ?