Vers un « effet rebond » lors des rénovations thermiques, ou les leçons politiques du chauffage

La transition énergétique constitue le grand impératif de la décennie qui s’ouvre. Et, dans le secteur du logement, un phénomène a émergé avec les rénovations thermiques : « l’effet rebond ». Derrière ce petit nom apparemment inoffensif, se cache un mécanisme capable de mettre en péril les investissements colossaux déjà engagés. Pour faire face à ce nouveau risque, émerge un nouvel impératif : sortir du cadre purement technico-économique pour réduire nos émissions de carbone.

En Allemagne, la fédération des entreprises immobilières, la GdW, constate que lorsqu’un logement est rénové, certains habitants font le choix de se chauffer à 22 degrés plutôt qu’à 20. Et l’ensemble de l’effort consenti pour réduire les émissions de carbone s’évanouit. Adieu fenêtres, portes, chaudière écologique et isolation thermique. Le phénomène est courant. En France, la réduction de les gain d’efficacité énergétique des moteurs a permis aux constructeurs de proposer des véhicules plus lourds. Les moteurs consomment moins d’essence au kilomètre, on lâche sa Twingo pour un SUV.

Le volume de pétrole consommé reste stable, la pollution engendrée par la production du véhicule augmente et les émissions de carbone ne baissent pas. On gagne en confort et la planète n’en tire aucun profit.

Ce phénomène, c’est l’effet rebond. Les politiques publiques sont alors annihilées par les choix individuels et toutes les modélisations d’un monde bas-carbone tombent à l’eau.

renovations thermiques

Ces dernières années, les trésors de l’intelligence humaine se sont concentrés pour créer les innovations nécessaires à la transition énergétique : éoliennes, photovoltaïque, EPR, véhicule électrique, chaudière économe en énergie, compteurs intelligents, maison à énergie positive, écoquartier. Une fois que les ingénieurs avaient développés les techniques, les économistes planchaient sur leur financement, les administrations dressaient de grands plans vers un monde renouvelable et les politiques publiques suivaient.

Dans le logement, tout le monde s’accorde à dire que la rénovation thermique est une brillante idée à la fois écologique et économique. Seulement, on réalise que les habitants ont rarement envie de se lancer dans ces grands travaux.

Et quand ils le font, il n’est pas rare que ce soit pour augmenter le chauffage ensuite. Faut-il renforcer les sanctions, augmenter les prix de l’énergie, améliorer les aides ? Potentiellement. Mais le grondement politique contre l’éolien, contre Linky, contre la taxe carbone ne nous invite-t-il pas à penser autrement ? A chercher plus loin que de simples incitations monétaires ?

La transition énergétique ne réussira pas sans la volonté des individus.

Nous voilà enfin face à une équation libérale : la transition doit correspondre aux désirs des agents économiques pour être un succès.

Il convient de proposer une écologie excitante, une vie bonne, une vision de la prospérité écologique pour motiver la transition. En d’autres termes, les grands plans technico-économiques doivent être encastrés dans la société. Il faut inscrire l’innovation verte dans les relations humaines et dans les modes de vie contemporains pour qu’elle soit féconde. Et pour cela, il manque notamment un récit. Un grand récit collectif. Maintenant que les ingénieurs et les économistes ont travaillé, au tour des philosophes, des écrivains, des cinéastes, des hommes politiques de prendre le relais. La vision collective d’une écologie progressiste est nécessaire. L’imaginaire favorise la coopération et cimente les sociétés. En d’autres termes, si une innovation a besoin d’être financée, elle doit aussi être désirée pour fonctionner à plein. C’est la leçon de l’effet rebond.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

Nicolas BouzouJacques Witt SipaNicolas Bouzou est un économiste et essayiste français, il a fondé le cabinet de conseil Asterès en 2006 qu’il dirige depuis et est directeur d’études au sein du MBA Law & Management de l’Université de Paris II Assas. Il a également créé le Cercle de Belém qui rassemble des intellectuels européens libéraux et progressistes. Il est régulièrement publié dans la presse française et étrangère. Nicolas Bouzou est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont le dernier, co-écrit avec Luc Ferry, a été publié en 2019 aux Editions XO : " Sagesse et folie du monde qui vient ".

 

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