L’argent magique n’existe pas !

Pendant la crise sanitaire, les États et les banques centrales ont massivement soutenu les ménages et les entreprises par le biais de la monnaie. On aurait pu croire, à tort, qu’il existait de « l’argent magique » qu’il suffisait d’imprimer pour s’enrichir, mais cette création monétaire gonfle artificiellement le prix des actifs, notamment de l’immobilier.

La crise sanitaire a dynamisé la création monétaire

Les banques centrales ont la capacité de créer autant de monnaie qu’elles le souhaitent d’un simple claquement de doigt, ce qui peut laisser penser que l’argent est « magique ». C’est justement ce qui s’est produit pendant la crise sanitaire. Les confinements ont entraîné un effondrement de l’activité économique qui aurait pu se traduire par une envolée du chômage et des faillites. Pour éviter ce scénario noir, les gouvernements du monde entier ont soutenu les ménages et les entreprises (chômage partiel fonds de solidarité par exemple) en s’endettant massivement : entre mars et août 2020, le rythme d’endettement des États européens a été trois fois plus rapide qu’avant le Covid-19. Cette dette publique supplémentaire a été rachetée pour 60 % par la Banque Centrale Européenne. Concrètement, la banque centrale crée de la monnaie qu’elle prête aux États pour qu’ils la reversent aux ménages et aux entreprises. Ce mécanisme est connu sous le terme de « planche à billet », c’est-à-dire le financement des déficits publics par la création monétaire.

La théorie économique standard stipule qu’une telle création monétaire ne peut que dégénérer en hausse brutale des prix à la consommation.. Depuis l’été 2021, les prix ont commencé à augmenter en France mais, à 2,6 % en octobre, l’inflation reste basse comparée aux vagues d’hyperinflation du passé. On serait donc tentés de croire que les banques centrales créent un argent « magique » qui soutient les revenus des ménages sans effets secondaires désagréables.

L’argent magique provoque des bulles, notamment sur l’immobilier

La réalité est évidement plus amère et l’argent créé par les banques centrales n’a rien de magique, car s’il ne crée pas d’inflation sur les prix à la consommation, il gonfle des bulles, notamment immobilières.

Reprenons le fil des évènements durant la crise sanitaire. Les revenus des ménages se sont maintenus grâce au soutien de la création monétaire alors que la consommation s’effondrait, puisque les magasins ont été fermés. En conséquence, le taux d’épargne des ménages a doublé. Cette épargne s’est investie dans une multitude d’actifs dont elle a poussé le cours à la hausse : actions, crypto-actifs et, bien sûr, l’immobilier.

Sur le seul premier trimestre 2021, les prix de l’immobilier ont flambé de 6,2 % en Europe et de 12,2 % aux États-Unis ! Cette envolée crée une multitude de problèmes. Le premier est la difficulté croissante des ménages pour accéder à la propriété et la hausse de l’endettement qui en résulte. La seconde est le creusement des inégalités entre ceux qui sont déjà propriétaires (ou qui hériteront de parents propriétaires) et les ménages jeunes ou issus de famille modestes. Le troisième est le risque de crise si, après avoir fortement augmenté, les prix de l’immobilier se retournaient brutalement, par exemple sous l’effet d’une hausse des taux d’intérêt réels.

La création monétaire ne permet donc pas de maintenir éternellement les revenus de la population sur une simple décision de la banque centrale. La monnaie, si elle n’a pas pour contrepartie une production économique concrète, finit par faire gonfler les prix, que ce soient les prix à la consommation ou le prix des actifs. C’est une loi fondamentale en économie à laquelle nous ne pouvons échapper.

Nicolas Bouzou et Sylvain Besinger

Nicolas BouzouJacques Witt SipaNicolas Bouzou est un économiste et essayiste français, il a fondé le cabinet de conseil Asterès en 2006 qu’il dirige depuis et est directeur d’études au sein du MBA Law & Management de l’Université de Paris II Assas. Il a également créé le Cercle de Belém qui rassemble des intellectuels européens libéraux et progressistes. Il est régulièrement publié dans la presse française et étrangère. Nicolas Bouzou est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont le dernier, co-écrit avec Luc Ferry, a été publié en 2019 aux Editions XO : " Sagesse et folie du monde qui vient ".

 

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