Le retour de l’inflation : un risque faible (pour l’instant)

Le risque du retour d’une spirale inflationniste semble faible dans les mois à venir, la hausse des prix étant actuellement tirée par des facteurs conjoncturels. Néanmoins, la menace d’une inflation alimentée par la hausse des salaires dans les prochaines années ne doit pas être ignorée.

L'inflation, un risque probablement surestimé

Le risque inflationniste est faible même si la hausse des prix a atteint 5 % en mai aux États-Unis en glissement annuel (par rapport à mai 2020). En France, l’inflation en glissement annuel n’était que de 1,4 % en mai et de 1,5 % en juin, soit un niveau inférieur à l’objectif de 2 % de la Banque Centrale Européenne. L’inflation est stimulée par des facteurs conjoncturels et ne semble pas devoir s’installer durablement.

Les prix sont tirés vers le haut par le rebond des matières premières. La forte demande, notamment chinoise et américaine, en pétrole, minerais ou bois est un effet fortement inflationniste. D’autant plus que la production, réduite pendant la crise sanitaire, ne s’adapte que lentement à la hausse de la demande. Ce phénomène inflationniste devrait s’estomper au fur et à mesure de l’adaptation de l’offre et ne déclenchera probablement pas de spirale de hausse des prix. Par exemple, le prix du bois aux États-Unis a été multiplié par quatre entre novembre 2020 et mai 2021, puis a vu son prix divisé par presque deux en un mois.

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Les entreprises ont été désorganisées par l’épidémie et prendront quelques temps avant de retrouver leurs capacités, notamment dans le transport maritime, la restauration ou l’aviation. Le couplage entre désorganisation et rebond de la demande alimente des hausses de prix fortes et ciblées sur certains produits. Le prix des voitures d’occasion a ainsi bondi de 10 % sur le seul mois d’avril aux États-Unis, sous le double effet d’une envolée de la demande suite à la levée des restrictions sanitaires et des difficultés de production des voitures neuves à cause d’une pénurie de microprocesseurs. Le prix des seules voitures d’occasion était responsable, en avril, du tiers de l’inflation totale. Ces hausses de prix ne devraient être que Transitoires, ces hausses de prix devraient s’estomper au fur et à mesure de la réorganisation de l’économie.

La hausse des salaires, le principal risque inflatinniste à long terme

Le risque inflationniste ne peut néanmoins pas être écarté d’un revers de main. En cas d’enclenchement d’une « boucle prix-salaire », une inflation durablement supérieure à 2 % par an serait alors envisageable.

Pour l’instant, aucune hausse significative des salaires n’est constatée, que ce soit aux États-Unis ou en France. Pourtant, les entreprises signalent des difficultés de recrutement importantes dans les secteurs qui ont été le plus impactés par la crise, comme la restauration ou l’hôtellerie. Une hypothèse optimiste, défendue par le prix Nobel Paul Krugman, est d’estimer que ces difficultés de recrutement sont temporaire et s’estomperont dans quelques mois, le temps que le marché de l’emploi se réajuste.

Une hypothèse pessimiste, et Paul Krugman reconnait qu’elle ne peut pas être totalement ignorée, verrait les difficultés de recrutement se transformer en hausses de salaires dans les mois à venir. Cette élévation des salaires se répercuterait dans les coûts et donc dans les prix des secteurs en tension, par exemple la restauration. L’ensemble de l’économie devrait ajuster les revenus à la hausse de façon à éviter un départ des actifs vers les secteurs les mieux rémunérés. Cet accroissement généralisé des coûts salariaux se répercuterait sur les prix, et l’inflation qui en résulterait nourrirait à son tour la hausse des salaires dans les prochaines années. La « boucle prix-salaires » s’enclencherait progressivement. Les anticipations des entreprises comme des salariés prendraient en compte une inflation future toujours croissante, conduisant à des hausses de prix et de salaires toujours plus marquées. Une fois cette dynamique enclenchée, elle deviendrait extrêmement difficile à arrêter.

Auteurs : Nicolas Bouzou et Sylvain Bersinger

Nicolas BouzouJacques Witt SipaNicolas Bouzou est un économiste et essayiste français, il a fondé le cabinet de conseil Asterès en 2006 qu’il dirige depuis et est directeur d’études au sein du MBA Law & Management de l’Université de Paris II Assas. Il a également créé le Cercle de Belém qui rassemble des intellectuels européens libéraux et progressistes. Il est régulièrement publié dans la presse française et étrangère. Nicolas Bouzou est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont le dernier, co-écrit avec Luc Ferry, a été publié en 2019 aux Editions XO : " Sagesse et folie du monde qui vient ".

 

 

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