Le panier à moitié plein : la consommation des Français après le confinement

Si la politique de confinement a prouvé son efficacité en France, la consommation des ménages en a été affectée et pourrait connaître des changements en matière de choix et d’habitudes, dus aux modes de vie adoptés pendant cette période et à l’incertitude des mois à venir.

Le poids de l’épargne « forcée » des ménages

Dans son point de conjoncture publié à la fin du mois de mars, l’INSEE a mis en lumière ses estimations des pertes de consommation des ménages liées au confinement. Ainsi, les dépenses de consommation ont été réduites entre 100% et 90% pour le matériel de transport, le textile et l’habillement, par rapport à une semaine de consommation “normale”. Dans les services marchands, en excluant les dépenses de logement, on observe une baisse autour de 55% dans les secteurs de la restauration, de l’hébergement et des transports. De manière générale, la consommation des ménages a diminué selon l’INSEE de 35% par rapport à une période “normale”.

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Les incertitudes sanitaires semblent devoir affecter fortement cette consommation à court terme, voire sur un temps plus long : il est possible qu’une seconde vague d’épidémie apparaisse dans quelques mois, ou bien que le virus disparaisse complètement. Là où les populations sortent du confinement, on voit bien que la consommation ne revient pas à la normale comme si de rien n’était. En Chine dans ces zones, les lieux publics sont souvent accessibles après un contrôle de température, ou des QR codes permettant de savoir si une personne a visité une zone à risque. Mais les Chinois se méfient encore des lieux publics et limitent leurs sorties, également à cause de la considérable perte de revenus. Des millions de Chinois ont perdu leur emploi et parmi ceux qui l’ont conservé, beaucoup ont accepté une baisse de salaire voire une absence de salaire temporaire.

En France pour une grande partie des ménages, l’épargne a augmenté. Après 8 semaines de confinement, l’ensemble des ménages français devrait avoir accumulé environ 55 milliards d’euros selon l’OFCE. Mais dans les conditions sanitaires drastiques et l’inconnu global, l’hypothèse d’une reprise de la consommation rapide grâce à cette épargne semble irréaliste. Aussi, l’indice de confiance des Français dans l’économie a perdu 8 points par rapport à mars : il s’agit de la baisse la plus importante depuis la création de cet indice il y a presque 50 ans. Forcée pendant le confinement, l’épargne risque de se transformer en précaution face aux situations imprévisibles de l’avenir. Il sera intéressant, au sortir de la crise, d’affirmer ou d’infirmer la théorie de l’équivalence ricardienne, soutenant que les ménages épargnent davantage lorsque les Etats s’endettent, en prévision des hausses d’impôt à prévoir.

Vers une évolution des habitudes de consommateurs?

Si les conditions nous invitent à effectuer toutes nos transactions et interactions à 1,5 mètres l’un de l’autre, on imagine bien la nécessité de nouveaux modes de consommation et l’adaptation des services existants. Pour le moment, les observations portent majoritairement sur le déport vers un accès à la consommation digitalisé.

On le voit dans les tendances de recherche sur Google : les recherches consacrées à des services de “drive” ou de livraison à domicile ont connu une augmentation très significative durant la première semaine de confinement en France. Pour certains consommateurs, il s’agit d’une nouvelle manière d’acheter ses produits et si l’on suit la théorie de dépendance au sentier, cette pratique pourrait devenir une nouvelle habitude.

De même, les services de livraison à domicile dans le secteur de la restauration semblent bénéficier de cette période. Uber Eats a ainsi annoncé par la voix de son PDG Dara Khosrowshahi, que la plateforme a enregistré dix fois plus de demandes d’inscription de restaurants entre le 12 et le 19 mars, par rapport à une semaine normale. Aussi, la plateforme Deliveroo s’est associée à Franprix, groupe Casino, et Uber Eats à Carrefour, pour mettre en place un service de livraison des courses à domicile. Les plateformes profitent donc de la demande actuelle pour se diversifier de manière durable.

L’impact de la crise sur la consommation est rude, mais il apporte des éléments intéressants sur les habitudes des consommateurs et leurs éventuels changements. Tandis que la mondialisation et le commerce en ligne ont développé l’économie à des milliers de kilomètres et à domicile, la crise actuelle pourrait nous faire découvrir l’économie à 1,5 mètres.

Auteurs : Nicolas Bouzou et Constance Péruchot

Nicolas BouzouJacques Witt SipaNicolas Bouzou est un économiste et essayiste français, il a fondé le cabinet de conseil Asterès en 2006 qu’il dirige depuis et est directeur d’études au sein du MBA Law & Management de l’Université de Paris II Assas. Il a également créé le Cercle de Belém qui rassemble des intellectuels européens libéraux et progressistes. Il est régulièrement publié dans la presse française et étrangère. Nicolas Bouzou est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont le dernier, co-écrit avec Luc Ferry, a été publié en 2019 aux Editions XO : " Sagesse et folie du monde qui vient ".

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