Le coronavirus ne devrait pas « démétropoliser » la France

Depuis plusieurs années, la tendance démographique est à une hausse de la population des métropoles, à l’exception de Paris intra muros. Le coronavirus et le confinement ont accru le désir de campagne des citadins, mais une « démétropolisation » massive semble peu probable. Si Paris devrait encore perdre des habitants, les autres grandes zones urbaines et leurs périphéries continueraient à en gagner.

Les Français se pressent de plus en plus dans les métropoles… sauf Paris

Au cours de la décennie écoulée, la population française s’est « métropolisée », c’est-à-dire qu’elle a été attiré par les grands centres urbains.

Depuis 10 ans, la croissance démographique est d’environ 0,4 % par an en France métropolitaine.

La population des grands pôles urbains a cru à un rythme globalement comparable à la moyenne française. La périphérie des métropoles a connu une croissance démographique plus soutenue (+ 1,2 % par an de 2006 à 2011 et + 0,8 % par an de 2011 à 2016). Les zones rurales éloignées des grandes villes ont quant à elles perdu des habitants.

L’Ile de France a connu une dynamique spécifique, avec une croissance globale de sa population, mais une baisse à Paris intra-muros.

Entre 2012 et 2017 (les derniers chiffres officiels sont ceux de 2017, mais il semblerait que la dynamique des années précédente se soit poursuivie jusqu’en 2020), la population de la petite et grande couronne a augmenté de 0,7 % par an, soit presque deux fois plus que la croissance de la population française. En revanche, Paris a perdu des habitants au rythme de -0,5 % par an. Cette évolution s’explique par la flambée des prix de l’immobilier à Paris qui a poussé un nombre croissants d’habitants vers la banlieue.

2020 1104 Demetropolisation France

Le coronavirus ne devrait pas entraver la dynamique en cours : hausse de la population dans les métropoles, mais baisse à Paris

Avec les grèves dans les transports de l’hiver 2019-2020, et surtout avec le confinement suite au coronavirus, un nombre croissants de Franciliens ont manifesté l’envie de se mettre au vert.

D’après un sondage réalisé en mai 2020 par le web media « Paris je te quitte », le nombre de Parisiens souhaitant quitter la capitale « dès que possible » est passé de 38 % à 54 % suite au confinement. Avant le confinement, 83 % des Parisiens voulaient quitter Paris dans les cinq ans, ils étaient 90 % après le confinement.

Il est encore trop tôt pour disposer de statistiques rigoureuses permettant de chiffrer un éventuel départ massif des citadins vers les campagnes, comme le souligne le sociologue Patrick Le Galès. Cependant, le désir croissant de quitter Paris du fait du stress, de l’éloignement de la campagne et du prix de l’immobilier ne signifie pas qu’une vague de « démétropolisation » est à venir. D’une part, il peut y avoir un fort décalage entre le souhait exprimé par les sondés et le passage à l’acte. D’autre part, la plupart des Parisiens souhaitent s’installer dans une métropole de province, comme Nantes, Bordeaux ou Lyon d’après une étude de Cadremploi. Les métropoles conservent en effet un avantage indéniable : l’emploi.

Les économies de tous les pays se concentrent de plus en plus vers les services, comme le souligne le prix Nobel Paul Krugman, spécialiste (entre autres) d’économie géographique. Alors que l’agriculture et l’industrie se localisaient dans les campagnes ou les petites villes, les services (santé, éducation, recherche, finance, culture) se concentrent dans les métropoles. Toutes les activités tendent à regrouper au même endroit afin de bénéficier d’économie d’échelles externes, c’est-à-dire de gains de productivité dus à la proximité d’activités similaires (effets d’apprentissages et de réseau, proximité de main d’œuvre qualifiée et d’infrastructures adaptées).

Le développement du télétravail se développe rapidement, mais bien peu de salariés vont passer au télétravail à 100 %, et les contacts physiques resteront essentiels. Il y une vingtaine d’années, lorsque internet s’est développé, on aurait pu penser que les métropoles allaient perdre de leur attractivité au profit des campagnes, puisque toutes les activités pourraient être effectuée n’importe où. Il n’en a rien été. L’économie s’est encore plus tertiarisée avec le développement de l’informatique, renforçant l’attrait des grandes villes au détriment des zones rurales. Les salariés pratiquant le télétravail à temps partiel pourraient être tentés de s’installer en périphérie des grandes villes, mais il semble peu probables qu’ils déménagent massivement à la campagne.

Le coronavirus devrait continuer à pousser les habitants de Paris vers la banlieue ou les villes de province, mais une migration massive des métropoles vers les campagnes semble peu probable.

Auteurs : Nicolas Bouzou et Sylvain Bersinger

Nicolas BouzouJacques Witt SipaNicolas Bouzou est un économiste et essayiste français, il a fondé le cabinet de conseil Asterès en 2006 qu’il dirige depuis et est directeur d’études au sein du MBA Law & Management de l’Université de Paris II Assas. Il a également créé le Cercle de Belém qui rassemble des intellectuels européens libéraux et progressistes. Il est régulièrement publié dans la presse française et étrangère. Nicolas Bouzou est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont le dernier, co-écrit avec Luc Ferry, a été publié en 2019 aux Editions XO : " Sagesse et folie du monde qui vient ".

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