Le bruit, préoccupation grandissante de l’immobilier

Comme celui du printemps dernier, le confinement actuel a un effet étonnant, puisque inattendu : il réduit les bruits. Profitant de cette externalité positive de la crise sanitaire, les Français se sont rendu compte des bruits – parfois forts – avec lesquels ils avaient pris l’habitude de vivre. Cette prise de conscience conjoncturelle du bruit au sein du logement est venue s’ajouter à l’augmentation structurelle des normes et des initiatives visant à limiter le bruit.

Le secteur de l’immobilier compense l’absence de normes nationales anti-bruit

Le secteur de l’immobilier est aujourd’hui obligé de compenser l’absence de politiques nationales coercitives. Cette responsabilisation d’un secteur privé dans le but de compenser les manquements du secteur public s’inscrit, comme le rappelle Alain Supiot, dans une stratégie plus large de délégation de service public.

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La norme RT 2020, qui devrait entrer en vigueur dans les mois à venir, engage un peu plus l’immobilier dans la lutte contre le bruit. Elle impose aux constructeurs de logements neufs de respecter des normes d’isolation phonique.

En attendant que les bruits extérieurs baissent significativement, les logements neufs devront y faire barrière. Car malgré les efforts des municipalités – qui agissent seules et sans concertation globale - les villes sont devenues des endroits bruyants. Les communes déploient des moyens curatifs – et plus rarement, préventifs – pour tenter d’endiguer le bruit : plans d’urbanisme, murs anti-bruit, ralentisseurs sur la chaussée en sont les exemples les plus évidents.

L’accès au silence vient s’ajouter aux dépenses des ménages pour leur logement

Comme les communes, les ménages doivent mettre la main au portefeuille pour se prémunir du bruit. Cette dépense vient s’ajouter au budget, grandissant, qu’ils consentent à allouer à leur logement.

Le taux d’effort des ménages liés à l’occupation de leur résidence principale ne cesse d’augmenter depuis l’an 2000 ; il est passé de 16,1% en 2000 à 18,3% en 2013 (dernières données disponibles).

Les contraintes de mobilité étant fortes, les citadins ne pouvant quitter les villes rivalisent d’inventivité pour tenter d’échapper au bruit. Mais l’installation de double-vitrage ou l’emménagement dans des quartiers plus calmes restent fortement conditionnées aux ressources et sont ressentis comme tels.

D’après un sondage Opinionway de janvier 2020, 87% des Français considèrent le silence comme un privilège réservé à peu de personnes.

De fait, les plus aisés ont plus facilement accès à des logements spacieux, et calmes, tandis que les populations défavorisées peinent à s’extraire des couloirs aériens, des environs des axes routiers ou des voies ferrées. Dans la région parisienne en particulier, le silence est devenu un luxe inatteignable pour l’immense majorité : 90% des franciliens sont exposés à des niveaux sonores supérieurs aux valeurs recommandées par l’Organisation mondiale de la santé.

Le confinement risque d’accélérer la quête d’isolation phonique

Depuis quelques années, la valeur perçue de l’absence de bruit a augmenté, faisant croître avec elle la désirabilité – et donc les prix - des biens immobiliers les moins bruyants. La demande de logements se déporte vers les zones rurales et les villes moyennes depuis 2018. Cette tendance ne dit toutefois pas son nom – dans les sondages, les citadins disent chercher plus d’espace, moins de temps de trajet, ou davantage de proximité avec la nature. Mais chacun de ces critères s’accompagne nécessairement d’une réduction du bruit d’origine anthropique et d’une meilleure perception des bruits naturels. La crise sanitaire actuelle et les changements qu’elle induit sur les modes de vie devraient contribuer à une valorisation accrue et pérenne de l’absence de bruit. A moins que la mobilité professionnelle ne devienne réalité, les prix des logements les plus calmes à proximité des centres urbains ne peuvent qu’augmenter.

Auteurs : Nicolas Bouzou et Alice Bouleau

Nicolas BouzouJacques Witt SipaNicolas Bouzou est un économiste et essayiste français, il a fondé le cabinet de conseil Asterès en 2006 qu’il dirige depuis et est directeur d’études au sein du MBA Law & Management de l’Université de Paris II Assas. Il a également créé le Cercle de Belém qui rassemble des intellectuels européens libéraux et progressistes. Il est régulièrement publié dans la presse française et étrangère. Nicolas Bouzou est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont le dernier, co-écrit avec Luc Ferry, a été publié en 2019 aux Editions XO : " Sagesse et folie du monde qui vient ".

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