Etonnamment, le revenu des Américains a augmenté pendant la crise du Covid-19

Les États-Unis, patrie du chacun pour soi, ont changé leur fusil d’épaule en pleine crise sanitaire pour doper le revenu des ménages à coup de dépenses publiques. Un virage à 180 degrés d’autant plus étonnant qu’il a été réalisé par un président républicain.

Donald Trump serait-il devenu un adepte des politiques sociales ?

Parmi tous les bouleversements que la crise du Covid-19 a entraînés dans l’économie mondiale, un des plus inattendus est la conversion brutale des États-Unis à l’aide aux personnes vulnérables. Certes, lors de la crise des subprimes, les États-Unis avaient mené une politique de relance keynésienne, c’est-à-dire par la dépense publique, plus ambitieuse qu’en Europe. Mais le pouvoir était alors détenu par les démocrates et les républicains, alors dans l’opposition, s’insurgeaient contre l’intervention de l’État dans l’économie. La répulsion des républicains envers toute forme de soutien à l’économie est bien résumée par l’expression du sénateur du Kentucky, Jim Bunning :

Quand j'ai ouvert mon journal hier, j'ai cru que je m'étais réveillé en France. Mais non, il s'avère que le socialisme règne en maître en Amérique.

Historiquement, les présidents républicains ont pourtant plus creusé le déficit public que les démocrates. Mais ils l’ont fait via des baisses d’impôts, ce qui correspond plus à leur ADN idéologique que la hausse des dépenses sociales.

Début 2020, lorsque la crise du Covid-19 a atteint les États-Unis, on aurait pu s’attendre à ce que le président Trump joue la carte d’un libéralisme forcené et laisse les américains livrés à eux-mêmes. Il n’en a rien été. Le gouvernement américain a emprunté des sommes faramineuses pour soutenir son économie, et notamment le revenu des ménages, à tel point que le déficit public s’est creusé plus largement aux États-Unis qu’en Europe. Les licenciements se sont envolés à un rythme jamais observé auparavant et l’ensemble de l’économie s’est effondrée. Simultanément, le revenu disponible des ménages, c’est-à-dire l’ensemble de leurs revenus, y compris les aides publiques, moins les impôts et cotisations sociales, a augmenté !

Sur le second trimestre 2020, le revenu disponible des Américains a bondi de 9 %, soit l’augmentation la plus rapide depuis la Seconde guerre mondiale. Bien que cette moyenne dissimule la situation dramatique des travailleurs non-déclarés qui ne sont pas éligibles aux allocations chômage, elle n’en est pas moins surprenante. La hausse du revenu disponible, à priori paradoxale, est due à la générosité du gouvernement. Celui-ci a distribué de l’argent à tous les Américains gagnant moins de 99 000 dollars et a augmenté les allocations chômage, à tel point que certains chômeurs ont gagné plus en étant au chômage que dans leur emploi précédent.

Les républicains retrouvent leur instinct libéral

Dans l’entourage du président Trump, le soutien de l’État aux ménages et à l’économie a fait grincer quelques dents. De nombreux républicains supportent mal l’idée que le chômage puisse payer plus que l’emploi, même en cette période de crise exceptionnelle. C’est pourquoi les aides généreuses aux chômeurs n’ont pas été renouvelées le 31 juillet. Le président Trump a annoncé des mesures compensatoires, mais leur mise en œuvre est longue et le montant exact encore incertain.

Un moindre soutien à l’activité du gouvernement américain pourrait être lourd de conséquences. La générosité de l’État a limité l’effondrement de la consommation et la hausse de la pauvreté. Si les aides sont levées alors que l’épidémie est toujours virulente et l’économie encore en convalescence, il en résulterait une baisse brutale du revenu disponible. La conséquence serait une contraction de la consommation, d’autant plus forte que les Américains disposent traditionnellement d’un faible matelas d’épargne. Le rebond de l’économie américaine serait freiné et, avec lui, le retour à la normale de l’ensemble de l’économie mondiale.

Auteurs : Nicolas Bouzou et Sylvain Bersinger

Nicolas BouzouJacques Witt SipaNicolas Bouzou est un économiste et essayiste français, il a fondé le cabinet de conseil Asterès en 2006 qu’il dirige depuis et est directeur d’études au sein du MBA Law & Management de l’Université de Paris II Assas. Il a également créé le Cercle de Belém qui rassemble des intellectuels européens libéraux et progressistes. Il est régulièrement publié dans la presse française et étrangère. Nicolas Bouzou est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont le dernier, co-écrit avec Luc Ferry, a été publié en 2019 aux Editions XO : " Sagesse et folie du monde qui vient ".

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