Relancer la titrisation pour relancer le crédit

Relance du créditPointée du doigt pour son rôle dans la crise financière de la dernière décennie, la titrisation revient en grâce. Utilisée avec précaution, cette dernière peut en effet avoir des effets bénéfiques sur l'économie en ravivant les crédits aux entreprises et aux ménages. Utilisée de manière imprudente, comme avant la crise des subprimes, la titrisation est cependant dangereuse.

Comme pour tout instrument, il faut donc savoir en user à bon escient et de manière sécurisée. Fort heureusement, nous avons tiré de la crise passée des enseignements utiles en la matière. Nous connaissons à présent les risques de la titrisation et nous savons comment les réguler.

La titrisation : une innovation en réponse aux barrières prudentielles

Né en 1970, aux Etats-Unis, la titrisation est une opération financière qui consiste à transformer des actifs peu liquides (comme une créance immobilière) en valeurs mobilières échangeables sur les marchés financiers (à l'image des obligations).

Cette pratique a connu avant la crise un large succès aux Etats-Unis car elle permettait aux banques de contourner certaines restrictions.

Le système financier est régulé par des règles prudentielles strictes. L'une d'entre elles consiste à borner les montants que les banques peuvent investir en fonction de leurs capitaux propres et des classes de risque des actifs qu'elles détiennent. Il s'agit d'un dispositif de sécurité fondamental qui assure, au moins en théorie, la solidité du système bancaire. Pour les banques, il s'agit également d'une contrainte forte qui bride leur activité et leur rentabilité.

La titrisation a permis aux banques de s'émanciper de cette régulation. En effet, la revente massive de créances sur les marchés permet aux banques de :

  • récupérer des fonds propres ;
  • se libérer du risque associés aux créances cédées ;
  • émettre de nouveaux prêts sans craindre de dépasser le seuil prudentiel.

De la titrisation à la crise

Au cours des années 2000, les banques américaines ont consenti grâce à la titrisation des prêts immobiliers à tour de bras et sans surveillance du risque des emprunteurs. Des millions de ménages financièrement fragiles (des « mauvais risques ») ont ainsi pu s'endetter pour accéder à la propriété.

Peu régulée et mal employée, cette pratique a cependant :

  • alimenté la bulle immobilière des Etats-Unis au cours des années 2000 ;
  • répandu des actifs toxiques au sein du système financier.

Hautement risquées, les créances titrisées n'étaient pas reconnues comme tel. A défaut de véritables évaluations, les agences de notation considéraient ces titres comme de bons risques (« AAA »). Les banques se sont dès lors échangés aveuglement et en grandes quantités ces actifs en réalité « pourris ».

Avec la hausse des taux directeurs de 2004 à 2006, les ménages américains, endettés à taux variable, ont vu leurs mensualités de crédit grimper sensiblement. Les défauts de remboursement se sont multipliés et de nombreux logements hypothéqués se sont, au même moment, retrouvés en vente.

Paniquées par la vague de défauts, les banques ont fermé les vannes du crédit, aussi bien pour les ménages que pour les entreprises. Le marché interbancaire lui-même s'est gelé. En effet, comment savoir si les banques en demande de liquidités ne sont pas gangrenées par des actifs « pourris » ? En 2008, sans oxygène financier, l'économie des Etats-Unis s'est enfoncée dans sa plus grave récession depuis 1929. A sa suite, elle a entrainé toute l'économie mondiale.

Vers l'avènement d'une titrisation saine et utile à l'économie réelle

Bien que la crise des subprimes ait mis en lumière les dérives de la pratique aux États-Unis, la titrisation ne doit pas être rejetée en bloc. Il ne s'agit jamais que d'un outil dont les effets dépendent des mains qui le manient. Dûment régulée, la titrisation pourrait aider à relancer le crédit, et donc l'économie réelle, en Europe.

En effet, la force du système est qu'il permet de dynamiser la distribution de crédit, tant aux entreprises qu'aux ménages, en offrant la possibilité à des investisseurs, non émetteurs de prêt, de racheter des créances en « package » sur les marchés. Les compagnies d'assurance et les fonds de pension sont très demandeurs de créances immobilières. Celles-ci répondent en effet à des besoins de placement spécifiques: échéances longues, flux de rendement réguliers, taux supérieur aux obligations d'Etat et, en principe, risque faible (les banques sont censées minimiser les risques).

Pour assurer le bon fonctionnement de la titrisation et en faire profiter l'économie réelle sans préparer la prochaine crise financière, il est impératif néanmoins de :

  • Garantir une gestion rigoureuse du risque des emprunteurs par les banques. Pour cela, il faut les obliger à conserver une fraction du risque lié aux créances qu'elles cèdent sur les marchés ;
  • Garantir la transparence de l'information sur les créances titrisées.

Rédaction : Christophe Marquès et  Nicolas Bouzou.

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

à la une
publicite
services
publicite
Simple & Rapide,
faites le tour de 110 banques
en 5 mn
je dépose une demande
Crédit immobilier
En quelques minutes, comparez les meilleures offres de prêt, sélectionnées et adaptées selon votre profil et votre projet.
Etude
gratuite et sans
engagement
OBTENEZ DES TAUX PERSONNALISÉS EN QUELQUES MINUTES !

Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.