Taux et perspectives économiques - 20 décembre 2011

Le contexte macroéconomique se dégrade rapidement. Cette dégradation est d'abord financière. Les taux d'intérêt obligataires publics se tendent, y compris évidemment en France, ce qui génère une augmentation (heureusement, pour l'heure, contenue) du coût des crédits immobiliers. Cette dégradation est ensuite économique. La France est entrée en récession avec des conséquences négatives tangibles sur l'emploi et les revenus. La solvabilité des ménages en souffre. La construction de logements neufs résiste même si la demande s'affaiblit. Dans l'ancien, les prix ont commencé à reculer, ce qui devrait permettre, en retour, de re-solvabiliser une partie de la demande des particuliers.

Marchés financiers

Les craintes sur la solvabilité des Etats de la zone euro n'épargnent plus la France. En témoigne la nette hausse des taux d'intérêt à 10 ans qui traduit, notamment, le fait que les marchés font leur deuil de l'époque où la dette française bénéficiait d'un AAA quasiment gravé dans le marbre. Changement d'époque qui aura des répercussions sur les marchés immobiliers. En effet, ces tensions sur le marché obligataire se traduiront forcément par une évolution des comportements des banques, de deux manières. Premièrement, les taux d'intérêt facturés aux ménages seront plus élevés. Deuxièmement, les banques sélectionneront davantage les emprunteurs, publics comme privés.

Les marchés actions demeurent volatiles et sans tendance nette. Leurs valorisations sont très faibles ce qui les empêche de chuter davantage. En revanche, ils ne bénéficient pas d'effets de report en provenance des marchés obligataires publics.

Taux d'intérêt à 10 ans et CAC 40

OAT 10ans - CAC40

Source : Feri

Les taux d'intérêt à court terme sont orientés à la baisse en raison de l'action de la Banque Centrale Européenne. Celle-ci a décidé d'abaisser son principal taux directeur à 1 %, et, vu l'évolution défavorable de la conjoncture dans la zone euro, on peut penser que d'autres baisses seront décidées ces prochains mois.

L'euribor à 3 mois (qui sert de référence à l'évolution du coût des crédits à taux variable) reste modéré, aux alentours de 1,5%. Néanmoins, il demeure supérieur aux taux de la BCE dans la mesure où le marché interbancaire, en ces temps de défiance, ne fonctionne pas complètement normalement.

Taux d'intérêt à court terme

OAT Court Terme

Source : BCE

Chômage – Confiance

La courbe du chômage est repartie nettement à la hausse depuis l'été, amenant la confiance des ménages à un niveau très bas. D'après les estimations de l'INSEE, la France est entrée en récession à partir du 4ème trimestre 2011 et ne devrait en sortir qu'au milieu de l'année 2012. Mais les entreprises avaient anticipé le fléchissement de l'activité. Ainsi, les créations d'emplois dans le secteur marchand se sont arrêtées dès le 3ème trimestre. La mauvaise situation du marché du travail contraint les évolutions salariales et réduit les évolutions de pouvoir d'achat. La solvabilité des ménages est ainsi fortement affectée par ces facteurs macroéconomiques.

Nombre de chômeurs et confiance des ménages

chomage confiance

Unités : millions de demandeurs d'emplois, indice de confiance centré à 100 – Source : Feri

Inflation - Pouvoir d'achat

L'inflation s'est tendue ces derniers mois pour atteindre les 2,5 % sur un an, un plus haut depuis la fin de 2008. Ces tensions s'expliquent par les effets de la hausse passée des prix de matières premières. Néanmoins, l'inflation sous-jacente a aussi tendance à remonter même si, à 1 %, elle demeure basse.

Certes, ces chiffres, même en augmentation, demeurent modérés. Néanmoins, ils compensent pour la plus grande partie de la population la hausse du revenu disponible. La progression du pouvoir d'achat moyen devrait donc s'avérer à peine positive cette année.

Inflation annuelle des prix à la consommation

inflation - prix consommation

Source : INSEE

Logement

Le marché de la construction neuve ne connaît pas de recul marqué en dépit de la dégradation du contexte macroéconomique. Ces derniers mois ont même vu un redressement des mises en chantier de logements. Néanmoins, l'enquête trimestrielle réalisée par l'INSEE auprès des promoteurs fait état d'une demande de logements neufs en retrait. Un recul similaire de la demande est déjà perceptible dans l'ancien, ce qui se traduit par une baisse des prix. En retour, cette baisse des prix constitue le principal facteur susceptible de re-solvabiliser la demande et de faire redémarrer les transactions.

Mises en chantier mensuelles de logements

mise en chantier

Unités : milliers – Source : Feri

 

Nicolas Bouzou

par Nicolas Bouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier ministre, directeur des études à la Law & Management school de Paris II Assas, vice-président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.