Des solutions immobilières originales à la pénurie de chambres d’étudiants

Si pour certains étudiants la période post-baccalauréat est synonyme de vacances au soleil, elle est pour d'autres marquée par la recherche éreintante d'un logement.
On compte en France près de 2,5 millions d'étudiants1, dont :

  • 47% louent une habitation du parc privé ;
  • 17% louent une chambre « aidée » (Crous2, internats et autres) ;
  • et 36% résident chez leurs parents3.

Un parc public très insuffisant

Disposant de modestes ressources, les étudiants forment logiquement l'une des populations les plus affectées par la pénurie d'habitations dans les grandes agglomérations. Les cités universitaires du Crous offrent des chambres à loyers sociaux mais, par manque criant de capacités, seuls 7% des étudiants en bénéficient. La pleine satisfaction des besoins en logements étudiants nécessiterait :

  • 10 à 20% de places supplémentaires dans les académies de Bordeaux, Toulouse, Clermont-Ferrand, Amiens et Nice ;
  • 20 à 40% dans celles de Rennes, Nantes et Reims ;
  • 40% à 100% dans celles de Lilles et à Lyon ;
  • et plus de 100% dans celles de Paris, Créteil et de Seine-et-Marne4.

20140530 logement etudiant

Des aides inadaptées

Contraints, de nombreux étudiants s'orientent donc vers le parc privé de logements et ses loyers élevés. Ces jeunes locataires peuvent prétendre à l'aide personnalisée au logement (APL), mais ce soutien est plus faible qu'il n'y paraît : les aides à la location induisent des niveaux de loyers supérieurs ; la surévaluation induite absorbe entre 50 et 80% des allocations versées5. Deux effets sont à l'œuvre :

  1. Sachant les locataires bénéficiaires d'une aide, les bailleurs peuvent volontairement réévaluer les loyers exigés pour capter une partie des subventions.
  2. En soutenant la solvabilité des populations aux revenus modestes, l'Etat accroît la demande locative tandis que l'offre demeure rigide. L'écart entre l'offre et la demande s'élargit en conséquence et pousse les loyers vers le haut.

Loyers élevés : un frein à l'autonomie et à la réussite

Conséquence de la pénurie d'habitations et d'un système d'aides inadapté, les étudiants autonomes se voient contraints d'affecter la moitié de leurs ressources à leur logement (55% en moyenne6).

Le niveau des loyers oblige les plus fragiles financièrement à décrocher un emploi salarié, pour des durées hebdomadaires plus longues qu'en situation de loyers abordables. Le coût des logements tend donc à privilégier le temps salarié sur le temps académique.

Pour l'Unef7, l'immobilier constitue à cet égard le premier frein à l'autonomie des étudiants et à leur réussite. Dans une étude de 2009, l'INSEE démontre formellement que l'occupation d'un emploi régulier réduit significativement la probabilité de réussite aux examens8.

Objectif gouvernemental : 40 000 chambres en plus à horizon 2017

Pour avoir fait de la jeunesse l'une de ses priorités, le gouvernement ambitionne d'accroître l'offre sociale de 40 000 chambres étudiantes entre 2013 et 2017, dont la moitié en Ile-de-France.

Suivant les déclarations de Najat Vallaud-Belkacem9 et de Sylvia Pinel10, cet objectif sera atteint à 50% fin 2015.

Des initiatives originales

En réaction à la pénurie de chambres, des initiatives originales se développent :

  • Inaugurée en 2010, la résidence A Docks du Havre est la première cité U française édifiée à partir de conteneurs aménagés en logements. L'expérience est toutefois mitigée :

Alors que l'Etat envisageait 20 à 30% d'économie sur la construction, le coût par chambre s'est révélé comparable à celui des cités U « traditionnelles » (48 k€ contre 50 k€ habituellement). Les normes réglementaires de construction, inadaptées au logement modulaire, expliquent en partie ce dérapage financier.
La qualité n'a par ailleurs pas été au rendez-vous. De nombreux étudiants ont relevé des défaillances critiques dans l'isolation sonore et thermique.

Le modulaire reste pourtant une solution pertinente au manque de chambres étudiantes : contrairement au cas français, les initiatives aux Pays-Bas et au Royaume-Uni sont concluantes

  • La refonte de la carte militaire s'accompagne de fermetures de casernes... dont certaines ont pu être réaménagées en résidences d'étudiants.

C'est le cas notamment de la caserne Jacobins à Limoges, de la caserne Vauban à Versailles ou encore de l'École militaire de la logistique et du train à Tours.

  • Le logement intergénérationnel se développe. La cohabitation entre étudiants et personnes âgées est l'une des réponses au manque de chambres pour les premiers et à la montée de l'isolement pour les seconds.

Les étudiants bénéficient de loyers réduits, voire gratuits, en contrepartie d'une présente régulière et d'une aide-ménagère. Les initiatives en la matière sont pilotées aujourd'hui par des associations. L'Etat gagnerait à promouvoir ce modèle par des dispositifs d'incitation et une réglementation adaptée.

 

1 - Suivant les statistiques de l'Insee, il y avait 2,43 millions d'étudiants inscrits dans l'enseignement supérieur à la rentrée 2013.
2 - Crous = Centre régional des œuvres universitaires et scolaires.
3 - Enquête 2013 de l'observatoire national de la vie étudiante.
4 - Cour des comptes, « Le réseau des œuvres universitaires et scolaires : une modernisation indispensable », février 2015.
5 - G. Fack, « Pourquoi les ménages à bas revenus paient-ils des loyers de plus en plus élevés ? », Insee, Economie et statistiques, 2005.
6 - UNEF, d'après enquête Insee et OLAP 2013.
Unef = Union nationale des étudiants de France.
7 - Beffy, Gougère, Maurel, « L'impact du travail salarié des étudiants sur la réussite et la poursuite des études universitaires », INSEE, Economie et Statistique, novembre 2009, n°422.
8 - Ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
9 - Ministre du Logement, de l'Egalité des territoires et de la Ruralité.

 

Auteurs : Nicolas Bouzou et Christophe Marquès

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

 

Liens sponsorisés
publicite
publicite

Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.

Retour top