Rénover les logements : back to basics

Comme beaucoup de politiques publiques, la rénovation thermique des logements a son objectif chiffré : le gouvernement vise 500 000 rénovations lourdes par an. Comme beaucoup de politiques publiques, la réalité est loin du compte : 135 000 rénovations par an depuis 2010. L'échec menace. Un mois avant l'ouverture de la COP21 à Paris, l'occasion est belle de repenser le système.

Rénover les logements

La rénovation thermique allie écologie, économie et social.

  • Écologie puisque le logement concentre 18% des émissions de CO2 en France ;
  • Économie car 1 million € investi dans la rénovation thermique crée 14 emplois (contre 6 emplois dans les énergies renouvelables ou 4 dans l'automobile selon Bercy) ;
  • Social parce que la rénovation thermique d'un logement réduit les dépenses des ménages et la précarité énergétique.

Une rénovation efficace écologiquement, viable économiquement et soutenable socialement repose sur un écosystème équilibré. A chacun son rôle, à chacun sa part du risque.

Les aberrations du système actuel

Première aberration

Le montant des aides publiques à la rénovation (crédit d'impôt et prêt à taux zéro) dépend du type et du coût des travaux, pas du gain écologique effectué. Logiquement, l'aide devrait plutôt être indexée sur l'économie de CO2 et de pollution réalisée par la collectivité. Sinon les subventions ne sont pas fléchées vers les logements les plus énergétivores mais simplement vers les travaux les plus chers. Pour calculer le gain réalisé, il convient de mener un audit énergétique avant et après travaux.

Deuxième aberration

Les audits énergétiques sont, la plupart du temps, réalisés par l'entreprise qui conduira les travaux ensuite. Le conflit d'intérêt est criant et le diagnostiqueur incité à gonfler le devis de travaux (de plus, l'aide est ensuite indexée sur ce prix des travaux !). Le diagnostic énergétique doit être indépendant et le risque de malfaçon assumé par le conducteur de travaux. Si l'isolation ou la nouvelle chaudière n'ont pas l'impact annoncé sur la consommation d'énergie, l'entreprise doit en pâtir, pas le particulier.

Troisième aberration

Les fonds doivent être prêtés par les banques et non les collectivités locales. Le projet de loi sur la transition énergétique a permis à des structures publiques, dites de « tiers-financement », d'avancer les fonds de la rénovation de logements particuliers. L'évaluation et la gestion du risque financier sont des compétences complexes et nécessite un recul temporel. On ne devient pas une banque en un jour et les collectivités ont déjà assez de travail par ailleurs.

A chacun son rôle

  • L'Etat doit subventionner les particuliers qui réduisent la pollution et le CO2 émis.
  • Les banques doivent sélectionner les projets viables financièrement et gérer le risque.
  • Les professionnels du bâtiment doivent rénover.
  • Les ménages doivent investir et contenir leur consommation.

En l'état, la transition énergétique a tout pour devenir un « éléphant blanc », ces projets visibles politiquement et contre-productifs économiquement.

La transition énergétique mérite mieux que de finir en ligne Maginot coûteuse et inutile. Abandonnons les schémas complexes et les délires administratifs. Back to basics, chaque acteur doit jouer son rôle. Puisque l'on construit peu en France, au moins, rénovons beaucoup.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

 

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