Quand la BCE montre le chemin

Il avait été de bon ton, ces dernières années, de critiquer la politique monétaire menée par la Banque Centrale Européenne : trop restrictive, en retard sur la conjoncture, trop focalisée sur l’inflation, obsédée par les réformes structurelles au détriment de la conjoncture. L’histoire économique lui rendra justice : au milieu du tumulte européen qui sévit depuis maintenant plus de deux ans, la BCE a fait montre de sa capacité à s’adapter à un environnement changeant (ce qui n’est pas simple), et même à le modifier dans le bon sens (ce qui est très difficile).

L’action de la BCE montre qu’une institution indépendante du pouvoir politique et absolument supra-nationale (purement européenne) peut faire des choix qui maximisent l’intérêt général, dans une perspective de long terme, mais sans se désintéresser du court terme. Alors que les Gouvernements s’avèrent impulsifs et peu solidaires, et la Commission Européenne rétive aux changements, la BCE tient tous ces fils à la fois.

Elle l’a encore montré la semaine dernière lors de la très attendue conférence de presse de Mario Draghi. Rappelons-le contexte. Le principal problème de la zone euro vient de l’écart de taux d’intérêt sur les obligations souveraines entre les pays du sud de l’Europe (taux à 10 ans supérieurs à 5 %) et les pays du Nord (dont la France, taux inférieurs à 3 %). Pour réduire leur risque souverain, les pays du sud doivent diminuer rapidement leurs déficits publics, ce qui a un coût en matière de croissance à court terme et ce qui implique une détérioration du marché du travail. Ce cercle vicieux créé de nouvelles incertitudes qui ne permettent pas la réduction des primes de risque.

Face à ce problème, Mario Draghi a annoncé le caractère inéluctable de la zone euro dans sa composition actuelle, c’est-à-dire avec la Grèce en son sein. Cette annonce est très importante car les Etats n’avaient pas réussi à rassurer sur ce point, en raison d’une mauvaise crédibilité. La BCE le fait en annonçant le moyen d’y parvenir :

  • elle achètera des obligations de court terme pour des montants potentiellement illimités aux pays en difficulté qui auront demandé l’aide de la Troïka (BCE, Union Européenne, FMI), c’est-à-dire qui s’engageront à mettre en place des réformes allant dans le sens d’une baisse des dépenses publiques et d’une plus grande flexibilité de l’économie.

La BCE a trouvé le bon mécanisme. En achetant des obligations de court terme, elle prend peu de risque de dégrader son propre bilan. En le faisant massivement, elle se donne toutes les chances de modifier les anticipations des investisseurs. En conditionnant ces achats à l’aide du Mécanisme Européen de Stabilité, elle force les pays à mettre en place des réformes de structure.

On ne « règle » pas une crise aussi profonde, on met progressivement en place des éléments d’amélioration. La politique de la BCE y contribue fortement.

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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