Pourquoi l’épargne remonte

Beaucoup d'observateurs se sont émus ces dernières semaines du niveau très élevé de l'épargne des ménages. C'est vrai, le taux d'épargne dans notre pays s'élève désormais à plus de 16 %, et il faut remonter au début des années 1980 pour retrouver un chiffre aussi élevé. En outre, les Français sont "structurellement" épargnants. En Europe, seuls les Allemands épargnent davantage. Il me semble néanmoins que ce chiffre - en effet spectaculaire - mérite quelques explications, surtout si l'on veut faire le lien avec le marché immobilier.

Déjà, il faut savoir qu'en comptabilité nationale (héritée de l'analyse keynésienne), l'épargne est considérée comme un solde, c'est-à-dire comme la différence entre le revenu disponible des ménages et leur consommation. Ce point est central, car il signifie que l'épargne a deux composantes :

  • une composante financière (la part des revenus des ménages qui est placée en actifs financiers, qu'ils soient ultra-liquides comme des comptes courants ou moins liquides comme des actions)
  • et une composante immobilière (qui correspond aux acquisitions immobilières, c'est-à-dire pour l'essentiel aux crédits au logement que les ménages remboursent à leurs banques, transformant ainsi une dette en actif, immobilier en l'occurrence).

Quand on regarde de plus près l'évolution récente de l'épargne globale et sa répartition entre l'épargne financière et l'épargne immobilière, on voit que c'est l'épargne financière qui est remontée brutalement depuis 2007 (7,4 % du revenu des ménages au T4 2011) et stagne à haut niveau. L'épargne immobilière est quant à elle à peu près stable. Voici pourquoi : on invoque souvent l'idée d'une "épargne du précaution", signifiant ainsi que les ménages s'inquiètent de perdre leur emploi et de subir une perte de pouvoir d'achat. Pour faire face à cette dégradation prévisible des revenus, ces ménages mettraient "préventivement" de l'argent de côté. L'argument se tient en théorie, surtout en période de conjoncture économique défavorable, mais oublie que l'épargne des ménages se concentre sur les ménages aux revenus les plus élevés.

Il serait donc plus rigoureux de considérer que, si ce sont les ménages aisés qui font remonter leur épargne, c'est par exemple qu'ils anticipent de fortes augmentations d'impôts (un phénomène que les économistes appellent "équivalence ricardienne"). A la limite, ces impôts peuvent, surtout en France, atteindre une part très importante du revenu, ce qui suppose une véritable stratégie de mobilisation des liquidités pour le moment où il faudra les payer. Une situation qui profite donc aux actifs liquides, mais pas à l'immobilier puisque, pour régler la "douloureuse", il faudra bien le faire en espèces sonnantes et trébuchantes.

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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