Pour une loi Macron du logement

Fin octobre, François Hollande annonçait de nouvelles mesures « en faveur » de l'immobilier. Tel le droit de grâce, la faveur présidentielle constitue une intervention directe pour aider un sujet en détresse. Les Français peinent à devenir propriétaire, les mises en chantiers continuent de décliner (-4 % sur un an), les prix baissent (-3 % sur un an), le Président intervient. Ce sont 250 nouveaux millions € qui viennent s'ajouter aux 40 milliards d'aides déjà saupoudrés chaque année sur le marché de l'immobilier. Evidemment, la faveur présidentielle est financée à crédit.

Plafond de ressource, zones géographiques, montant emprunté, le PTZ fait peau neuve

Pour un célibataire habitant une grande ville, le plafond de ressources passe de 26 000 à 30 000 €. Le PTZ dans l'ancien (sous conditions de travaux) est élargi de 6 000 à 30 000 communes rurales. Enfin, le montant emprunté passe de 26 % à 40 % du prix d'achat du logement. La logique poursuivie est claire : étendre l'aide publique pour soutenir l'accession à la propriété.

Le gouvernement reste dans son style quinquennal et allie instabilité et complexité.

  • Instabilité car le PTZ subit son troisième lifting depuis l'arrivée de François Hollande (après les lois Duflot et Pinel). Créé en 1995, le dispositif avait déjà été modifié en 2005, 2006 et 2011 par les gouvernements précédents.
  • Complexité car le plafond de ressource et le montant du prêt sont différents selon la zone géographique(A, B1, B2 et C), le montant de l'apport et le nombre de personnes dans le ménage.

D'après Nexity, la réforme aurait un effet déclencheur dans 2 à 3 cas sur 10. Ce PTZ devrait donc favoriser l'accession à la propriété. L'an dernier, 40 % des primo-accédants ont bénéficié d'une aide de l'Etat. Dans un pays surendetté, il faut distinguer efficacité et efficience. Si le PTZ est efficace pour soutenir les primo-accédants et la construction, il n'est pas efficient au regard de son coût. Puisque le foncier disponible est rare, le gouvernement devrait agir sur l'offre en favorisant la densification urbaine. Réformer les normes et les PLU a un coût direct nul pour les finances publiques et serait donc largement plus efficient.

La réforme du PTZ

Cette nième réforme du PTZ ressemble à un aveu d'échec

Plutôt que de s'attaquer aux réformes de structure, le gouvernement ressort un mécanisme conjoncturel et coûteux. Pour des raisons inconnues, les pouvoirs publics s'interdisent de penser « out of the box » comme disent les anglo-saxons. La France est le seul pays d'Europe occidentale où les prix n'ont pas chuté après 2008. Pourtant, la meilleure politique en faveur de la jeunesse et des primo-accédants est simple :

  • augmenter l'offre et réduire les aides pour faire baisser les prix.

Pour élargir l'accession à un marché, la hausse de l'offre (et donc la baisse des prix) est la méthode la plus efficace et la moins coûteuse pour l'Etat. La loi Macron repose sur cette logique économique incontestable. Le low cost aérien, les VTC d'Uber, l'offre mobile de Free en sont la preuve par l'exemple. Les perdants ? Ce sont les rentiers qui bénéficiaient tranquillement de la fermeture du marché.

Pour aider les plus modestes à devenir propriétaire et pour relancer l'activité immobilière, la France a besoin d'une loi Macron, pas d'une « faveur » présidentielle à 250 millions.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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