Pour les vacances, l'hébergement au cœur des mutations économiques

En France, le tourisme moderne est né en 1936. Avec la première semaine de congés payés, les salariés ne se reposent plus seulement lors des weekends et jours fériés mais partent « en vacances ». A chacun son hébergement, de l'hôtel familial en bord de mer dans « les Vacances de Monsieur Hulot » (de Jacques Tati) au camping, et l'hilarante scène des douches par Louis de Funes dans « le Corniaud » (de Gérard Oury).

L'offre touristique se diversifie ensuite, des clubs de vacances aux maisons en location.

En 2014, ce ne sont plus une mais cinq semaines de repos dont les travailleurs bénéficient. A l'approche des vacances estivales, un français sur deux devrait partir de son domicile pour les vacances et le budget moyen s'élève à 889 € (soit une baisse de 12 % par rapport à l'an passé). Tension sur le pouvoir d'achat oblige, les français dépensent moins pour leurs vacances. Comme souvent en période de difficultés économiques, l'offre s'adapte et les mutations s'accélèrent. L'industrie du tourisme n'échappe pas à la règle, bien au contraire. La nouvelle économie se saisit du tourisme : plateformes d'échange de maison et de couchsurfing (hébergement gratuit dans un canapé), mais surtout, AirBnb.

Appartement Airbnb

Depuis le lancement du site en 2008, ce sont plus d'un million de voyageurs français qui ont utilisé la plateforme, dont 450 000 nouveaux utilisateurs en 2013.

Le principe est simple :

  • Lorsqu'un utilisateur a une chambre ou un logement (résidence principale ou non) libre pour un ou plusieurs jours, il le met en ligne avec un prix.
  • Le voyageur réserve en ligne puis contacte l'annonceur pour les modalités pratiques.

AirBnb est souvent présenté comme une forme « d'économie du partage » à l'instar du covoiturage, incitant les ménages à partager la propriété de leur logement ou de leur véhicule.

Il convient de rappeler que l'incitation économique est inhérente au projet et que ce type de « partage » de relève pas du don. Ainsi, ce n'est pas tant une nouvelle forme d'échange qu'une nouvelle forme d'entreprise : l'auto-entrepreneuriat.

Le loueur sur AirBnb ou le conducteur sur Blablacar est un auto-entrepreneur qui rentabilise sa force de travail et son capital personnel. Les plateformes de « partage » augmentent la productivité du capital détenu par les ménages.

Quel est l'impact sur l'industrie touristique et l'économie locale ?

Positif ! Nous sommes ici au cœur de la « destruction créatrice » : une nouvelle offre, arborant un meilleur rapport qualité-prix, pousse les anciens acteurs à s'adapter ou disparaître.

L'innovation permet d'élargir le marché :

  • En 2013, 27% des utilisateurs AirBnb ne seraient pas venus ou seraient venus moins longtemps à Paris sans le site.

La baisse des dépenses d'hébergement incite les ménages à dépenser plus au restaurant ou en visites : en 2013, le voyageur AirBnb dépensait 850 € et restait 5 nuits quand le voyageur à l'hôtel dépensait 450 € et restait 2 nuits. En 2013, plus de 1 000 emplois ont été créés indirectement à Paris par l'essor de la plateforme.

L'innovation agit ainsi : si les pertes sont visibles (baisse de l'activité des hôteliers mis en concurrence), les gains sont diffus (hausse du pouvoir d'achat utilisée pour d'autres dépenses). Le bilan, lui, est positif pour l'économie.

A l'approche de l'été, les français peuvent se tourner vers ces nouvelles entreprises pour visiter mieux avec moins. Pour autant, n'oublions pas que si nous bénéficions de ces innovations comme consommateurs, elles font aussi de nous des producteurs. Désormais, grâce à AirBnb, nous sommes tous des hôteliers !

Rédaction Charles-Antoine Schwerer / Nicolas Bouzou

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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