Marine Le Pen, le repli et le populisme appliqués au logement

Le programme de Marine Le Pen, candidate du Front National, pour le logement s’inscrit dans une idéologie plus large : la préférence nationale est déclinée aux logements sociaux, le populisme est de mise avec la hausse non-financée des aides publiques directes aux ménages et le marché, l’innovation et l’écologie sont oubliés.

20170503 election france le pen macron

Le projet de Marine Le Pen repose sur une pierre angulaire : le repli nationaliste.

Ce repli est incarné par une mesure phare, la préférence nationale dans l’attribution des logements sociaux.

Arguant que « le logement social est attribué massivement à ceux qui arrivent sur notre territoire », la candidate frontiste souhaite le réserver aux nationaux.

Les chiffres publiés par le Ministère du Logement révèlent qu’au contraire, en 2015, les demandes de logements sociaux satisfaites ont très largement concernées des ménages français : 83% des nouveaux bénéficiaires étaient français contre 17% d’étrangers.

L’analyse des équipes de la candidate se révèle ainsi puissamment erronée.

Au total, selon l’Insee, c’est 13% du parc HLM qui est occupé par des immigrés.

La proposition du FN, outre ses approximations, révèle bien la teneure centrale du programme : peu importe la question de l’intégration des nouveaux arrivants, les valeurs d’entraide et d’accueil ou les bienfaits économiques de l’immigration, la vision frontiste revendique un repli sur soi.

« Je préfère ma fille à ma cousine, ma cousine à ma voisine et ma voisine à une inconnue » disait Jean-Marie Le Pen.

L’ombre du père plane encore fortement derrière les propositions de la fille.

Le programme Logement de Marine Le Pen repose ensuite sur un interventionnisme direct auprès des ménages, outil politique fréquent des leaders populistes.

L’Etat se propose ainsi de construire plus de logements pour les étudiants tout en augmentant de 25% les APL des jeunes.

Le FN souhaite étendre les prêts à taux zéro et réduire les droits de mutation de 10%.

Ces mesures assez classiques pourraient permettre de stimuler un peu la construction si elles étaient orientées vers le marché du neuf.

Cependant, logique politique ou électorale oblige, elles sont étendues à tous les biens.

La mesure fiscale revient ainsi à subventionner directement les ménages sans se soucier du peu d’impact sur les mises en chantiers.

Comme l’ensemble de son programme économique, le volet logement consiste à augmenter toujours plus la dépense publique tout en réduisant son efficience (sans proposer aucun chiffrage).

La ruine collective entre nationaux apparaît ainsi comme l’horizon indépassable du programme frontiste.

Une mesure de bon sens est cependant évoquée, la rationalisation et la simplification des normes (sans en présenter la méthode).

Enfin, la candidate frontiste propose de rééquilibrer la politique de la ville vers les zones désertifiées et rurales.

Cette proposition incantatoire a le mérite de poser un sujet sur la table : dans un monde de métropoles, quel avenir pour les périphéries  ?

La solution n’est pas de transférer vers la ruralité les budgets alloués aux banlieues mais de construire une politique publique globale à destination des périphéries.

La lutte contre la fracture numérique, la transition écologique, la libération de l’agriculture ou encore le développement touristique en constituent les principaux items.

En omettant de parler de l’innovation, de l’écologie, du marché, le FN passe simplement à côté de l’avenir des territoires et des hommes qu’il prétend défendre.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

Liens sponsorisés
publicite
publicite

Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.

Retour top