Loyer : à quelles conditions bloquer les prix ?

Le Gouvernement devrait publier d’ici quelques semaines un décret ayant pour objet de bloquer les loyers, ou en tous cas leur évolution. Tous les détails de la mesure n’ont pas été annoncés, mais il est déjà possible d’analyser les conséquences du principe du blocage des loyers.

Déjà, en toute rigueur, il est difficile de définir dans quelle mesure les loyers sont sur-évalués. Après tout, les loyers sont moins élevés à Paris qu’ils ne le sont à Caracas, Moscou ou Bogota, sans parler, évidemment, de San Francisco, Londres au Tokyo. En réalité, le problème est politique. Le Gouvernement considère que l’accès au logement est difficile, notamment pour les jeunes, dans les grandes villes françaises. Difficile de le contredire. Le taux d’effort des moins de 25 ans (la part de leurs revenus affecté aux dépenses de logement) a très fortement augmenté ces dernières années.

Pour un économiste, un prix élevé reflète un déséquilibre de marché : la demande progresse plus vite que l’offre. En l’occurrence, les loyers ne constituent rien d’autre qu’un signal. De la même façon qu’une douleur musculaire appelle du repos après un effort trop intense, les loyers élevés mettent en lumière l’insuffisance de l’offre locative par rapport aux besoins.

  • Augmenter l’offre est possible et même souhaitable. Il faut alors délivrer davantage de permis de construire, briser le tabou des tours dans les grandes villes, tout faire pour assurer les propriétaires qu’ils seront bien payés, et que la fiscalité ne fera pas tendre la rentabilité nette de leurs investissements vers 0.

Le Gouvernement a, pour l’heure, choisi une orientation différente : agir directement sur le symptôme, c’est-à-dire réguler autoritairement le prix. Ce n’est pas forcément absurde. Pour reprendre l’exemple de la douleur musculaire, la calmer avec une prise de paracétamol peut être indiqué. Mais, une fois les effets du cachet estompés, la douleur revient. A l’inverse, la simple douleur peut empêcher de guérir.

Il est un exemple que les historiens connaissent bien. Turgot, Ministre de Louis XVI, avait voulu libéraliser les prix du grain pour stimuler la concurrence entre les paysans et augmenter l’offre. Malheureusement, sa mesure intervint en 1774, une année peu pluvieuse, où les récoltes furent dramatiquement basses. Il fallut rapidement revenir à des mesures autoritaires (et Louis XVI se débarrassa de son Ministre). Turgot avait intellectuellement raison, mais il aurait fallu être certain de l’augmentation de l’offre de blé avant de libéraliser les prix.

Cécile Duflot se trouve dans une situation absolument analogue. Bloquer les loyers, pourquoi pas. Mais à condition que la mesure soit temporaire, et qu’elle ne soit que le prélude à une politique d’augmentation de l’offre locative (qui, elle, n’a pas été annoncée).

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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