Logement et politique : les programmes diffèrent, les erreurs subsistent

Trois partis politiques se partagent désormais la scène française : par ordre alphabétique le Front National (FN), Les Républicains (LR) et le Parti Socialiste (PS). Depuis le début du quinquennat, chaque élection confirme la tendance, des municipales aux législatives partielles en passant par les européennes et maintenant les régionales. La vie politique française est devenue tripartite.

En économie, plus la concurrence est grande, plus l’innovation s’accélère et crée de la valeur. Malheureusement, pour les politiques publiques du logement, les mêmes mesures inefficaces sont votées, amendées, supprimées puis revotées depuis plusieurs années. L’arrivée d’un nouvel entrant incite-t-elle le marché à innover ?

Tour d’horizon des programmes

PS, LR et FN s’accordent largement sur l’aide publique pour accéder à la propriété.

Important Leur logique est identique : solvabiliser la demande plutôt que d’augmenter l’offre.

Seulement, les économistes sont unanimes sur la mesure : en l’absence d’élasticité du stock de logement, elle augmente les prix. La différence entre PS, LR et FN tient aux détails de mise en œuvre et aux noms utilisés.

  • Les socialistes soutiennent un PTZ nommé Pinel.
  • Le projet LR évoque un « coup de pouce » fiscal (baisse de la TVA) et assurantiel (garantie d’Etat de l’apport personnel).
  • Le FN propose un « chèque premier logement ».

Les programmes des politiques

La différence entre les partis prend corps à travers le logement social et les choix de société qu’il induit. Le PS prône une mixité sociale volontariste, LR refuse la mixité imposée et le FN développe la préférence nationale.

  • Le gouvernement socialiste a en effet étendu la loi SRU en permettant aux préfets de préempter des terrains pour construire contre la volonté des communes.
  • LR souhaite à l’inverse « remettre à plat la loi SRU » et donner plus de pouvoir aux maires. En Ile-de-France la candidate Valérie Pécresse propose même d’appliquer un plafond de logements très sociaux en stoppant le financement public lorsque les communes ont déjà plus de 30 % d’HLM.
  • Le FN, pour sa part, dénonce la « préférence étrangère » de l’attribution de logements sociaux et propose d’orienter en priorité les places vers les nationaux.

Les mesures concernant la location privée reflètent aussi des visions singulières

Le PS prône l’intervention publique, LR s’en remet au marché quand le FN est en pleine hésitation idéologique.

Le gouvernement socialiste a en effet adopté une approche dirigiste et coercitive avec l’encadrement des loyers, des frais d’agence et des sanctions contre les logements vacants.

LR s’oppose frontalement à la loi Alur et invoque une « relation de confiance entre le bailleur et le propriétaire ». Droite et gauche respectent leurs logiques traditionnelles : incitation contre intervention.

Pour sa part, le FN a conservé la marque ultralibérale de Jean-Marie Le Pen, avant le virage dirigiste des dernières années. La baisse de la taxe foncière est ainsi invoquée pour assurer une « rentabilité locative attrayante ». Mais le parti se tait sur la loi Alur et n’évoque pas de stratégie d’intervention publique. Alors que le FN souhaite encadrer les prix des biens de première nécessité, il s’en remet au marché et à une baisse d’impôts pour réguler la location immobilière.

L’irruption progressive du FN dans le jeu partisan n’a pas encore débouché sur une innovation dans les programmes. Quand un marché est bousculé par un nouvel entrant, il a parfois besoin d’un temps d’adaptation avant que les anciens acteurs n’innovent. Les taxis ont amélioré leur offre après l’arrivée d’Uber. Les télécoms ont baissé leurs prix après l’entrée de Free. Espérons que les lois économiques s’appliqueront à la politique. Sans naïveté excessive.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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