Les faux semblants de la « crise » du logement

C’est bien triste mais comme chaque année, le rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal logement fait froid dans le dos : 3,8 millions de mal logés et 12,1 millions de « fragilisés par rapport au logement ». Tout le monde le sait, chacun le sent, la crise du logement est là. Pourtant, les données d’ensemble semblent nous montrer l’inverse.

La France ne manque pas de logements

La France ne manque pas de logements

Avec 0,51 logement par habitant, notre territoire est même le mieux pourvu d’Europe occidentale. Malgré l’atonie de la construction, deux fois plus de logements par habitants sont mis en chantiers en France qu’en Europe en moyenne.

Alors, tout va très bien ?
Oui, mais pas pour tout le monde : la France a des logements et en construit, mais pas aux bons endroits. Chaque année, seulement 2 logements sont mis en chantiers pour 1 000 habitants à Paris et 4 en Ile-de-France. La crise du logement est localisée dans les métropoles où le fonctionnement institutionnel ne permet pas de densifier.

A crise localisée, réponse localisée : les objectifs d’ensemble comme la construction de 500 000 logements par an n’ont aucun sens.

Les crises locales du logement portent des effets en chaîne

On construit peu dans les centres métropolitains qui deviennent trop chers. Les classes populaires ont déserté ces centres, une partie réside en zone périurbaine et l’autre en banlieue. Deux classes populaires apparaissent, banlieue contre périurbain, avec représentations et fantasmes bien distincts. Un « effet Tanguy » se crée pour les jeunes qui, ne pouvant quitter le foyer familial, peinent à trouver un travail géographiquement accessible.

D’après le Credoc, ce sont 500 000 personnes par an qui refusent un emploi pour éviter d’accroitre leurs dépenses de logement.

Si la crise de quantité de logement est un souci de répartition territoriale, la crise de qualité semble indéniable : de nombreux logements seraient insalubres, surpeuplés ou peu chauffés. Pourtant, les conditions d’habitation se sont largement améliorées depuis la fin des 30 Glorieuses (période fantasmée de bonheur collectif).

  • En 1973, 15 % des ménages considéraient leurs conditions de logement comme insuffisantes ou très insuffisantes ; aujourd’hui, ils ne sont plus que 6 %.
  • 77 % se disent aujourd’hui satisfaits ou très satisfaits par leur logement contre 52 % auparavant.
  • De facto, la taille moyenne d’un logement est passée de 68 à 91 m².

Comme pour la santé ou la sécurité, la part de « laissé pour compte » fait oublier les progrès fantastiques réalisés pour la majorité de la population.

La Fondation Abbé Pierre a évidemment un mérite clef : mettre en lumière la situation des exclus

Pour remédier à cette exclusion, deux politiques publiques concomitantes sont nécessaires :

  • Lever les barrières à l’entrée des marchés ;
  • Et renforcer l’accompagnement social des exclus.

La rigidité des PLU limite la densification des centres, fait augmenter les prix et exclue. Comme dans le transport aérien ou sur le marché du travail, réduire les barrières à l’entrée profiterait aux plus démunis en les intégrant au marché (avec la construction de plus de logements, l’ouverture de lignes low costs, la création d’emplois supplémentaires).

Parallèlement, les politiques sociales doivent s’occuper uniquement de ceux que le privé ne parvient pas à intégrer. C’est le rôle du logement social : offrir un toit à ceux que le marché rejette. La crise du logement existe bien et c’est une crise des politiques publiques : laissons le marché s’étendre au maximum et incitons les pouvoirs publics à aider ceux que le marché continue de rejetter.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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