Le programme immobilier d’Emmanuel Macron : la réforme tranquille

Le programme d’Emmanuel Macron sur le logement constitue une belle incarnation des postures politiques du candidat.

Les constats sur le marché et sur les politiques publiques sont justes mais les mesures proposées relèvent plus d’une politique des petits pas que d’une « Révolution » (le titre de son livre de campagne).

Sur l’immobilier, Emmanuel Macron s’inscrit comme un candidat mesuré, un centriste calme, un réformateur peu pressé.

20170329 immobilier emmanuel macron

Le candidat propose sur le logement une combinaison entre politique de l’offre, mise en avant de la mobilité, réforme de l’Etat, intention écologique et coup de pouce fiscal aux classes moyennes.

Cette vision qui combine action publique, réforme progressive, développement durable, calcul politicien et confiance dans le marché semble symboliser le positionnement politique d’Emmanuel Macron dans cette campagne, ni trop libéral ni trop étatiste, ni trop de gauche ni trop de droite.

Il ne ressort aucune mesure symbole, aucune vision claire mais un patchwork de propositions plutôt logiques techniquement.

Ses supporteurs loueront la nuance et la finesse quand ses détracteurs hurleront au flou et à la mollesse. 

Le programme s’ouvre par une politique en faveur de l’offre de logement.

Diagnostiquant le manque de constructions, deux mesures tentent d’y répondre :

  • Le transfert des permis de construire à l’intercommunalité, à la métropole ou à l’Etat dans les zones tendues.
  • Et la stabilité normative avec l’engagement de n’édicter aucune nouvelle norme dans la construction sur la durée du quinquennat.

Deux mesures en théorie intéressantes mais dont il faudra voir la réalité politique.

Notamment l’engagement normatif qui peut être obéré par des réglementations Européennes ou par des politiques publiques adjacentes (écologie, social, numérique).

A noter que le candidat ne propose pas de simplification.

L’impact du transfert des permis de construire dépendra de la fréquence à laquelle l’Etat se saisit de ce nouveau levier.

La totalité des autres mesures proposées s’inscrivent dans la continuité des politiques publiques actuelles en les réformant avec douceur.

  • 80 000 logements du parc social seront réservés pour la mobilité des jeunes.
  • La transparence devra être faite sur l’attribution des logements sociaux dont la production continuera au même rythme.
  • De nouvelles places seront créées pour les sans-abris et les exclus.
  • Les programmes de rénovation urbaine seront portés de 5 à 10 milliards €.
  • Des logements à bas loyers seront construits hors des quartiers.

Pour stimuler la transition énergétique, un audit gratuit sera proposé à tous les propriétaires occupants en situation de précarité énergétique.

Un fonds public financera la rénovation pour les plus précaires et le crédit d’impôt sera transformé en subvention pour aider les ménages modestes.

La transition sera ainsi renforcée dans son volet social.

Pour sa part, le rôle de l’Etat sur le marché du logement n’est aucunement revisité.

Les politiques publiques restent similaires aux précédentes avec quelques réformes en faveur des plus modestes, de la mobilité et de la transparence.

Enfin, le programme du candidat se voit complété d’une mesure fiscale de 10 milliards € par an :

L’exonération de la taxe d’habitation pour 4 Français sur 5.

Cette proposition à destination directe des classes moyennes est présentée comme une quête de justice.

Globalement, le programme logement d’Emmanuel Macron manque cruellement de chiffrage et omet amplement l’objectif de réduction des dépenses publiques.

Considéré comme un libéral quand il était Ministre de l’Economie, le candidat d’En Marche ! a fait sa mue pour devenir un social-démocrate tranquille, orienté vers de légères réformes du système en place.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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