Le marché, meilleur outil pour casser « l’apartheid » territorial

La déclaration de Manuel Valls sur l’existence d’un « apartheid territorial, social, ethnique » en France a posé un débat clef : la puissance publique porte sa part de responsabilité dans l’existence de ghettos urbains. Une fois n’est pas coutume, la polémique n’a engendré un démenti ou des excuses mais des mesures de politiques publiques, présentées début mars dans le plan La Républiques en actes.

Dans le volet logement, deux mesures principales ont été annoncées

  • Améliorer la répartition du parc social en donnant aux préfets de régions le pouvoir d’imposer des logements sociaux dans les communes n’atteignant pas les 25 % de logements sociaux et en limitant leur construction dans certains quartiers déjà bien pourvus.
  • Favoriser l’implantation des familles pauvres dans des quartiers aisés grâce à des baisses de loyers dans certains HLM et en interdisant le relogement des ménages les plus pauvres dans les quartiers les plus difficiles.

Les ghetto urbains

Le Premier Ministre a constaté le rôle de l’Etat dans la « ségrégation territoriale » (terme utilisé par l’Elysée, plutôt qu’« apartheid ») et a donc amendé la politique publique du logement social, refusant « d’ajouter de la pauvreté à la pauvreté ». Dans les ZUS (Zones Urbaines Sensibles), le taux de pauvreté est trois fois supérieur au reste du pays et un tiers des habitants perçoivent le RSA.

Il ne suffit pas de refuser l’accumulation de pauvreté, il faut aussi créer de la richesse dans ces quartiers pauvres. La sortie des ghettos ne doit pas simplement passer par l’intégration d’un quartier aisé via une place en logement social. L’interminable liste d’attente d’un bailleur social constitue un triste idéal pour la méritocratie républicaine.

Le plan gouvernemental est entaché du traditionnel oubli de ce quinquennat : le marché est l’allié indispensable des politiques publiques. Les forces économiques jouent un rôle clef dans la ségrégation territoriale, elles doivent aussi jouer un rôle dans la mixité. Naturellement, la concurrence et la liberté d’implantation différencient les territoires. Aux politiques publiques d’encadrer et d’orienter efficacement les forces du marché pour créer de la richesse dans les ghettos.

La rénovation urbaine et la mixité par le logement social doivent être la conséquence du développement économique, non l’inverse.

Avec un taux de chômage de 24 % dans les ZUS, détruire ou rénover des tours ne crée pas de perspectives d’avenir. Implanter des sièges sociaux du CAC 40 à quelques arrêts de métro des ghettos ne permet pas non plus de désenclaver des quartiers. Comme au niveau national, ce sont les créateurs d’entreprises qui sont porteurs de changement.

Dans les quartiers défavorisés, les idées ou l’envie ne manquent pas mais les entrepreneurs locaux butent sur trois facteurs bien identifiés :

  • les connaissances techniques,
  • le réseau professionnel
  • et l’accès aux capitaux.

Pour casser les ghettos, ce sont des écoles locales de l’entreprenariat qu’il faut créer, des ponts avec le monde économique qu’il faut développer, une banque publique d’investissement qui faut mieux utiliser. Le gouvernement déclare aimer l’entreprise, il doit s’en servir pour casser l’apartheid territorial. La modernisation des logements suivra la création de richesse, non l’inverse.

Auteurs : Nicolas Bouzou et Charles-Antoine Schwerer

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

 

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