Le domicile sans usage fixe

On loge dans une mansarde, on habite un palace, on est sans domicile fixe. Le logement est utilitaire, l'habitat un lieu de vie (on fait siens les murs), le domicile peut être l'un ou l'autre.

De ces deux fonctions traditionnelles, loger ou habiter, le domicile mute profondément.

Le télétravail (qui concerne au moins une fois par semaine 17% des français) en fait un bureau, AirBnB un hôtel, la vente en ligne un supermarché. Les énergies renouvelables commencent à le transformer en centrale électrique, la télémédecine va le muter en chambre d'hôpital quand l'imprimante 3D en fera une micro-usine. Le domicile devient un lieu aux usages économiques multiples.

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) transforment la donne immobilière : en quête d'une plus grande productivité, l'immobilier résidentiel et l'immobilier tertiaires mutent parallèlement. L'enjeu est structurel, à chaque vague d'innovation technologique correspond des mutations immobilières qui impactent les modes de production, de distribution et de vie.

  • L'apparition des supermarchés a porté l'essor de la consommation de masse, le développement des tours de bureaux en centre-ville a soutenu la montée en puissance des services.
  • La spécificité de la mutation actuelle est l'entrée dans le domicile des activités économiques traditionnellement produites au dehors (hôtellerie, services, énergie, production, hospitalisation).

Structurellement, les gains de productivité à venir liés aux TIC ne dépendront donc pas seulement des investissements des entreprises et des pouvoirs publics mais aussi des ménages.

Dans l'environnement macroéconomique actuel, la reprise économique nécessite une action conjointe sur l'offre et la demande. Fonction habituellement dévolue aux investissements des entreprises qui augmentent la demande globale en équipement tout en améliorant leur propre offre. Cette fois, l'investissement des ménages dans la modernisation et l'adaptation de leur bien immobilier aura aussi cet impact double :

  • hausse de la demande globale
  • et renforcement de la productivité des agents économiques (grâce à une meilleure adaptation à l'hôtellerie, au télétravail, à la production d'énergie, etc.).

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En supplément de l'objectif traditionnellement non-tenu de 500 000 nouveaux logements (et non habitats) par an, nous devons donc aussi réussir la mutation des domiciles existants. Finalement, le manque peut s'avérer être un atout.

Les pays en développement ont profité de l'absence de réseau de téléphonie fixe et d'agences bancaires pour passer avant nous à la banque sur téléphone mobile. Pour une fois notre retard sera peut-être avantageux: il est plus simple de construire directement 500 000 logements modernisés et adaptés à la nouvelle économie que de les rénover.

Mais d'ailleurs, à quoi ressemblent ces domiciles de la nouvelle économie ? Pas à un délire de science-fiction, simplement à un lieu adaptable, où la chambre des enfants partis du foyer peut se muter en pièce de télémédecine, où le lieu est conçu pour économiser de l'énergie et en produire, où la qualité de l'insonorisation permet de faire du télétravail. En attendant d'adapter les cages d'escaliers à la livraison par drones.

Pour une fois, notre retard peut être un atout. Dans un monde économique optimal, le manque de logements serait comblé par la production de domiciles adaptés aux enjeux de la nouvelle économie. Un peu comme si la non-utilisation des terminaux bancaires et de la géo localisation par les taxis permettait de passer plus vite à la voiture sans chauffeur. C'est possible. C'est même probable.

Auteurs : Nicolas Bouzou et Charles-Antoine Schwerer

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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