La France éclatée

J’ai effectué de nombreux déplacements en régions ces dernières semaines. Labourer le terrain ne saurait remplacer l’étude minutieuse des statistiques, surtout dans un domaine comme l’immobilier de logement, avec tant d’implications concrètes pour les particuliers, et donc tant de débats politiques en germe. Mon attention a néanmoins été attirée sur deux points qui méritent, me semble-t-il, qu’on s’y arrête.

Déjà, les prix des logements anciens sont très loin de baisser partout à la même vitesse. Ce constat a des causes évidentes. D’abord, l’environnement macroéconomique n’évolue pas partout de la même façon. D’après les prévisions régionales que nous réalisons chez Asterès, les deux régions extrêmes en 2012 seront la Corse, avec 1 % de croissance, et la Lorraine, avec un recul du PIB de 0,4 %. En effet, et en caricaturant à peine, les régions industrielles perdent, depuis le début des années 2000, leur capacité de croissance de façon accélérée. A l’inverse, les régions de services s’en sortent mieux.

Attention néanmoins aux territoires tels le Languedoc-Roussillon, certes déjà peu industrialisés, mais ayant bénéficié par le passé - et donc souffrant aujourd’hui - d’une forte représentation du secteur du BTP (bâtiment travaux publics), branche mise à mal en termes d’activité, de marges et d’emplois.

A partir de là, le raisonnement est facile à suivre. Moins de PIB, c’est aussi moins d’emplois, moins de pouvoir d’achat et moins d’accès au crédit. Ce sont donc des prix qui baissent plus que là où la croissance reste positive.

Ensuite, la forte présence d’étrangers qui possèdent des résidences secondaires a des effets différents en fonction des territoires. A Paris, par exemple, les prix résistent. Le marché parisien est mondial, ce qui lui confère sa résilience. Dans le Sud-Ouest, où la proportion d’étrangers est aussi importante, les prix ont à l’inverse tendance à baisser rapidement.

Dans une ville comme Cahors et dans sa banlieue, il semblerait que le reflux des prix depuis son point haut soit compris entre 30 et 40 %, ce qui est sans commune mesure avec ce qu’on observe au niveau national (où il est, selon les sources, de l’ordre de 5 à 10 %). Cela tient à la sur-représentation d’une nationalité, britannique en l’occurrence, originaire d’un pays dont la conjoncture s’est beaucoup dégradée ces dernières années.

Cela signifie aussi qu’il y a certainement de très belles affaires à réaliser dans des endroits qui, quelle que soit la conjoncture, restent magnifiques.

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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