La finance démystifiée

La classe politique a trouvé avec la finance son bouc émissaire facile. Les débats publics ont souvent besoin d'une victime expiatoire, mais l'explication ne vaut pas excuse. Car à cet égard, la campagne présidentielle mélange un peu tout dans une grande confusion intellectuelle.

Tous les spécialistes sont à peu près d'accord pour souligner les dysfonctionnements de la finance : les banques ont longtemps été sous-capitalisées, certaines ont manqué de liquidités, et, peut-être, les imbrications entre activités de banques de détail et de banques d'investissement ont fait grandir certains établissements au-delà de ce que la gestion prudente du risque systémique peut tolérer.

Mais, en réalité, le véritable problème se situe au niveau des marchés dits de "gré à gré", véritable boites noires sans chambres de compensations, où se négocient sans transparence ni surveillance des montants colossaux de produits complexes voire illégitimes (ces fameux CDS, par exemple, utiles quand ils permettent de s'assurer contre la défaillance d'un Etat, inutiles et dangereux quant il est permis de les acheter sans même détenir le sous-jacent, par exemple la dette grecque !). Clairement, le régulateur a encore beaucoup de travail. Mais ce travail est laborieux, complexe et lent.

Néanmoins, il serait absolument faux de croire que le secteur financier échappe à la réglementation. Certains compartiments de la finance subissent ainsi aujourd'hui un resserrement des contraintes réglementaires absolument sans précédent. Ainsi, la mise en œuvre progressive de Bâle 3 oblige les banques à se recapitaliser (ce sont les fameux "ratios de solvabilité"), mais surtout à rapprocher progressivement la duration de leur actif et de leur passif (il s'agit des "ratios de liquidité").

  • En effet, depuis la finance vénitienne de la fin du moyen-âge, les banques ont toujours pratiqué la "transformation". Autrement-dit, elles empruntaient à court terme pour prêter à long terme.

Aujourd'hui encore, le marché du financement immobilier fonctionne de cette façon. La " gestion actif passif " des banques achète des ressources diversifiées à de multiples échéances (ces ressources vont des dépôts des ménages à l'épargne logement en passant par des obligations sécurisées ou classiques) et les reprêtent aux ménages qui ont besoin d'investir, souvent d'ailleurs en facturant une marge nulle ou quasi-nulle, ce qui est peu connu des emprunteurs.

Bâle 3 attaque en quelques sortes ce business model, en obligeant les banques à emprunter à des échéances plus longues, c'est-à-dire plus chères, mais à prêter aussi dans le même temps plus court ! Voilà qui a des effets directs sur le marché de l'immobilier, puisque ce sont ses conditions de financement qui évoluent sous l'effet de la réglementation, dans un sens franchement plus strict. Dans ce domaine, le régulateur a arbitré en faveur de la sécurité au détriment de la croissance. C'est tout à fait défendable mais il faut le savoir.

C'est bien pourquoi il est faux d'affirmer que la réglementation du système financier ne se renforce pas. Elle se resserre, de façon inégale, et en créant souvent des dommages collatéraux : regardez la baisse de l'emploi dans les grandes banques françaises. Elle en constitue la plus frappante illustration.

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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