La fin de la propriété n’est pas pour demain

Auto-partage, vélos en libre service, streaming musical, vidéos à la demande, logiciels libres, location d’objets, covoiturage, hébergement entre particuliers : le partage semble prendre le pas sur la propriété.

économie collaborative

La tendance est lourde et soutenue par les économies de coût réalisées (mutualiser plutôt que de posséder) et par les enjeux du développement durable (optimiser plutôt que de sous-utiliser).

  • Du transport à la culture en passant par les tondeuses à gazon et les logiciels, l’homo economicus du XXIème siècle n’en aurait que faire de posséder tant qu’il peut utiliser.

La vague de fin de la propriété serait lancée, au grand bonheur posthume de Proudhon qui verrait enfin la société en terminer avec ce « vol » permanent. Au grand bonheur aussi d’un Rousseau qui condamnait le premier ayant posé un enclos et déclaré « ceci est à moi ».

Si la musique, les voitures, les logiciels ou les vélos sont de plus en plus partagées, il est peu probable que la vague atteigne le logement.

Au contraire, il est même fort possible que les mutations actuelles renforcent l’attrait pour la propriété de l’habitat. Les individus ignorent l’avenir réservé à leur emploi (sous l’effet de l’intelligence artificielle et de la robotisation) et aux systèmes de protection sociale (sous l’effet de l’endettement massif et du vieillissement de la population).

Etre propriétaire de son logement constitue une belle sécurité en cas de concurrence par un robot et d’évaporation du système de retraite. Par ailleurs, la rapidité des mutations technologiques rend incertain l’investissement boursier. Face à l’inconnu entourant leurs revenus futurs et aux risques liés aux autres placements financiers, nul doute que les particuliers se tourneront vers des valeurs refuges. La pierre en est l’incarnation.

Le rôle économique joué par le logement va renforcer son caractère protecteur

Le domicile (re)devient en effet un lieu de production : bureau avec le télétravail, chambre d’hôpital avec la télémédecine, salle de classe avec les MOOC.

Etre mal logé ou perdre son logement signifierait ainsi être peu productif, mal soigné, moins bien formé. La pierre devient ainsi une protection multisectorielle dans un monde de plus en plus fluctuant.

L’aspiration renforcée à la propriété ne serait pas seulement le résultat d’un calcul rationnel d’investissement mais aussi et surtout la réponse à une inquiétude. Les économistes ont depuis longtemps compris que l’information n’était pas pure et parfaite et que la rationalité humaine subissait de nombreux biais : on n’achète pas seulement un logement au nom d’un calcul financier mais aussi pour se sentir chez soi, accéder à un statut social et à une sécurité psychologique.

Résultat

Les prévisions des prospectivistes Jeremy Rifkin sur la fin de la propriété et Jacques Attali sur des abonnements mondiaux à un système de logement inter-cités (on paierait pour habiter à sa guise entre Paris, Londres et Tokyo) ne concerneraient qu’une infime partie de la population, la plus à l’aise avec les technologies et le nouveau monde. Sans surprise, les Français dans leur majorité n’entrent pas dans ce modèle.

L’accession à la propriété constitue ainsi la priorité politique en matière de logement selon une enquête Ipsos. La stabilité du taux de propriétaire depuis 2010, à 58 %, incarne la faible prise sur le logement de l’économie de l’usage. Enfin, l’aspiration à la propriété est simplement omniprésente : 9 jeunes sur 10 « rêvent » d’y accéder (CSA). Le monde change, la pierre reste.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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