L’encadrement des loyers, une leçon de populisme

« Avec le bombardement, le contrôle des loyers est le moyen le plus sûr de détruire une ville. » Pour l'ancien Président du comité du Prix Nobel d'économie, Assar Lindbeck, Paris croule sous les bombes depuis le 1er août dernier.
Selon une enquête de Meilleursagents.com, l'entrée en vigueur de l'encadrement des loyers parisiens porterait déjà ses fruits (amers) : quand 46% annonces ne respectaient pas le plafond imposé fin juillet, elles ne sont plus que 29% fin août. Ce changement peut trouver deux origines :

  • une baisse des prix,
  • le retrait des annonces.

immobilier paris

Avant l'application de la loi Alur, 10% des propriétaires parisiens laissaient déjà leur logement inhabité. Le loyer net d'impôt et de tracas est parfois trop faible pour inciter à la location. Le chiffre de 136 000 habitations vacantes à Paris devrait ainsi gonfler dans les prochains mois.

Le gouvernement, la Mairie et les parisiens vont découvrir un phénomène bien analysé par l'économiste soviétique hongrois Janos Kornai : quand les prix sont fixés (ou plafonnés) l'inflation prend la forme d'une file d'attente. La hausse d'un prix permet d'augmenter l'offre. Le plafonnement crée une pénurie.

Les conséquences de la mesure ont été criées sur les toits médiatiques par les économistes : perte en qualité, restriction de l'offre, augmentation du prix moyen des logements. Même l'institutionnel Conseil d'Analyse Economique a publié sa note La politique du logement locatif, espérant dissuader le gouvernement de mener son projet. Cet encadrement des loyers est un cas d'école : un consensus économique s'est dégagé contre la mesure, les personnalités médiatiques et les institutions ont largement communiqué sur l'affaire, le gouvernement n'a pas sourcillé.

La demande sociale était trop forte et nos dirigeants se sont offerts une belle séquence de populisme social. La passion, jalousie envers le propriétaire, et les vieux imaginaires de la lutte des classes, tension capital-travail, ont donné à la mesure sa popularité. Au cœur du problème résident une asymétrie d'information et une préférence pour le présent. Le locataire doute que les effets pervers de la mesure (retrait de logements du marché) puissent l'atteindre. Il préfère ainsi économiser immédiatement quelques euros et prendre le risque de voir le marché se réduire demain.

En cherchant à répondre directement à une demande sociale, en refusant d'écouter les experts, en niant les effets pervers et la logique de long terme, le gouvernement s'éloigne du bien commun pour plonger dans un populisme peu visionnaire. Même pour un sujet si simple, la raison a été oubliée.
La force d'un régime démocratique tient dans sa capacité à associer la demande sociale à court-terme et le bien commun à plus long terme. Voilà pourquoi les pays démocratiques ne sont ni dirigés par des référendums quotidiens ni par des experts ultra-spécialisés.

Nous touchons là un subtil équilibre à chercher au cœur des institutions, du cumul des mandats au suffrage universel, du rôle des sondages au fonctionnement de l'école, du poids des médias à l'entrisme des lobbys. C'est l'ensemble d'un système qu'il convient d'analyser, de retourner, d'amender pour renouveler et renforcer la démocratie. La tache est immense, au travail.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

 

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