De quoi Duflot est-il le nom ?

Le logement a toujours fait l'objet d'une " politique ". Dans tous les pays développés, il existe un contrat social implicite qui considère que la collectivité doit assurer que chacun puisse disposer a minima d'un toit et que les classes moyennes (en France, les personnes percevant un revenu avant impôt compris entre 1500 et 4000 euros par mois) puissent habiter dans des logements compatibles avec leur lieu de travail et le nombre de leurs enfants.

Le problème, c'est que ces deux conditions de la vie sociale sont difficiles à respecter, pour des raisons d'ailleurs fort différentes.

  • La faiblesse de la croissance en Europe entraîne une stagnation voire, pour les classes moyennes justement, une baisse de revenu qui affecte leur solvabilité.
  • La montée du chômage exclut de plus en plus de personnes, surtout des jeunes, de l'accès au crédit.
  • La crise financière de 2007-2008 a débouché sur un renforcement des normes réglementaires qui encadrent les banques ce qui a pour effet, sans doute souhaitable pour la stabilité du système financier, de raccourcir les durées d'emprunts immobiliers.

Cela-dit, pour spectaculaires qu'ils soient, ces facteurs liés à la demande peuvent être « secondaires ». C'est le cas en France où ces déboires macroéconomiques n'entraînent pas de chute des prix. Ainsi, on voit bien que, même lorsque la demande s'affaiblit, les prix sont inertes, ce qui traduit une sous-capacité chronique en matière de logement.

Autrement-dit, la facilitation de l'accès au logement passe par un accroissement de l'offre, lui-même rendu possible par une disponibilité plus large du foncier constructible.

Le nouveau dispositif Duflot répond-il à ce problème ? Absolument pas. Est-il inutile ? Non plus, puisqu'il fournit une incitation fiscale à la construction de logements neufs dans des zones tendues, avec, ce qui se défend, des limites (le montant de l'achat est limité et les loyers doivent être inférieurs à ceux du marché).

En réalité, Duflot, comme Scellier, constituent des palliatifs à une situation à laquelle le politique ne veut pas s'attaquer : chacun sait qu'il faut construire davantage, mais personne ne veut que ce soit à côté de chez lui. C'est pourquoi on définit un zonage qui ne fâche pas grand monde, mais qui peut-être imparfait. Duflot est donc le nom donné à un arrangement sous-optimal : un anti-inflammatoire, pas une solution.

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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