Commencer le « choc de simplification » par le bâtiment

La principale problématique actuelle de la politique économique est d'une complexité pratique redoutable : Comment freiner la hausse du chômage alors même que la croissance économique est nulle, et que, dans ce dernier domaine, le Gouvernement français ne dispose pas d'outils permettant d'obtenir des résultats rapidement ?

Il s'agit donc de débloquer les embauches là où des besoins existent :

  • c'est-à-dire dans les secteurs dans lesquels la demande ne s'est pas effondrée ;
  • et évidemment sans mobiliser d'argent public.

Certes, cela ne suffira pas à inverser une courbe du chômage que seule une forte accélération du PIB  rendrait possible (et après tout, ce scénario n'est pas totalement à exclure au second semestre), mais cela limitera la hausse.

Comme souvent en politique, ce ne sont pas les idées qui infléchissent les décisions publiques, mais les conditions objectives matérielles, pour parler comme un vieux marxiste.

Ainsi, le Président de la République a montré la voie la semaine dernière en évoquant longuement la question du logement. François Hollande a de façon fort à propos sous-entendu que la simplification des normes et la limitation des recours contre les permis de construire accordés pouvaient dégager une rentabilité économique et donc sociale positive.

C'est on ne peut plus juste. Notamment, les recours abusifs contribuent à faire augmenter le taux de chômage structurel, c'est-à-dire indépendamment de la croissance économique, ce qui, dans l'état actuel du marché du travail, est une folie. Bien sûr, les dispositions présentées par le chef de l'Etat ne vont pas inverser à elles seules la courbe du chiffre d'affaires du secteur du logement, pour paraphraser une nouvelle fois François Hollande. Mais elles constituent une pierre qui y contribue.

  • Les mises en chantier reculent car le chômage et la hausse de la fiscalité affectent la demande solvable ;
  • mais, en dehors des considérations conjoncturelles, l'activité dans le bâtiment souffre depuis bien longtemps et de plus en plus des effets économiques de l'accumulation de normes et de réglementations, qui génèrent des augmentations de coût de production ;
  • c'est-à-dire qu'elles poussent au final les prix vers le haut et tirent la production vers le bas.

Si ces mesures de simplification et de déjudiciarisation sont effectivement mises en œuvre, elles pourraient faire école dans d'autres secteurs, tant d'autres gisements d'emplois existent, bêtement réprimés par un droit inadapté ou des autorisations publiques qui tergiversent sans cesse. Et, extraordinaire, la simplification des normes et réglementations ne coûte rien. Bien pensée, elle rapporte même à l'Etat !

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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