Carte scolaire : le marché de l’immobilier allié des inégalités

Le Ministre de l’Education Nationale Vincent Peillon vient d’annoncer son souhait de revenir sur l’assouplissement de la carte scolaire mise en œuvre par le Gouvernement précédent.

Ce système avait été instauré au début des années 1960 comme une tentative de contrôle public sur les choix individuels des parents. Ce dispositif très illibéral était en partie contourné par le jeu des domiciliations "bidons".

  • Nicolas Sarkozy avait commencé à l’assouplir en élargissant le spectre des dérogations possibles.
  • Vincent Peillon, au contraire, souhaite une carte scolaire plus rigide, la restriction de la liberté des familles étant opérée au nom de la lutte contre la ghettoïsation.

Et pourtant, certains sociologues comme Eric Maurin (dans Le ghetto français, Le Seuil, 2004) ont montré que la carte scolaire pouvait au contraire renforcer la ghettoïsation, l’économie se vengeant en quelque sorte de la politique qui voudrait la contraindre.

  • C’est là qu’intervient le marché de l’immobilier, qui agit comme une courroie de transmission entre le niveau scolaire et les inégalités d’accès aux écoles.

En effet, dans un système où la carte scolaire est rigide, les choix de localisation dépendent en partie (parfois même en très grande partie) du niveau estimé par les familles de l’école ou du collège du quartier. Il y a quelques semaines, le maire de la commune où je réside (une ville de 80 000 habitants en petite couronne) me présentait une étude montrant que la principale raison d’emménagement dans sa ville était le souhait de bénéficier d’écoles considérées comme étant de bon niveau.

Conséquence : cet afflux démographique génère une augmentation de la demande de logements nettement plus rapide que ce que l’offre récemment construite peut absorber. Comme toujours en pareil cas, les prix s’ajustent à la hausse pour équilibrer le marché, évinçant de fait les ménages modestes.

Exemple :
Les agents immobiliers parisiens savent qu’il existe, aux alentours de la place de la Nation, un effet "Hélène Boucher", comme il existe un "effet Fermat" à Toulouse. Seuls les jeunes bénéficiant de rémunérations élevées ou ceux qui sont aidés par leurs parents peuvent s’installer dans ce type d’endroits et ainsi placer leurs enfants dans les établissements les plus réputés.

Il y a deux leçons à tirer de ce raisonnement :

  • La première, sociétale, c’est que la carte scolaire renforce les inégalités au lieu de les aplanir.
  • La deuxième, économique, c’est que le retour à une carte scolaire rigide va renforcer le patrimoine de ceux qui, par choix ou par chance habitent à proximité d’une bonne école ou d’un bon collège.

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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