Benoît Hamon et le logement ou l’ombre de la loi Duflot

Benoît Hamon est un candidat qui fait savamment confluer une gauche critique du marché et une dose de modernité numérique.

Entre ces deux pôles, sa politique du logement tend incontestablement vers le premier : le programme de Benoît Hamon constitue la résurrection de la loi Duflot votée au début du mandat de François Hollande.

Postures idéologiques et volonté de centraliser côtoient une vision égalitaire de la fiscalité et une absence cruciale de prise en compte des mécanismes du marché.

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Le site de campagne du candidat socialiste est avare en renseignements sur le volet logement du programme.

Seules trois propositions sont présentées.

Première mesure, un plan d’investissement dans la rénovation énergétique, sans préciser ni les montants ni les outils.

La rénovation thermique bénéficie déjà d’un arsenal de dispositifs allant du crédit développement durable aux aides de l’ADEME en passant par les contrats de performance énergétique et le soutien de l’Anah aux ménages modestes.

Un éclairage serait le bienvenu sur les modalités du plan et son inscription dans les mécanismes déjà existants.

Deuxième mesure, le renforcement de la loi SRU sur le logement social via une hausse des sanctions et un droit pour l’Etat de se substituer aux maires.

La puissance centralisatrice se conçoit ici, dans une longue tradition de gauche, comme détentrice de l’intérêt général et peut outrepasser les compétences des collectivités locales.

Le montant des sanctions ou les modalités de l’action de l’Etat ne sont pas précisés.

Troisième mesure, enfin, la tenue d’une « grande conférence sur l’exclusion » pour demander aux associations les bonnes idées à mettre en œuvre.

Outre le fait que cette grande conférence aurait pu avoir lieu en amont de la rédaction du programme, Benoit Hamon s’inscrit ici dans la tentative de François Hollande de faire de la consultation un mode de gouvernement.

A ce titre, la tenue des Conférence sociale par le Président s’est soldée par un échec.

Nouvelle ère, nouvel adage, « quand on veut enterrer un problème, on annonce une conférence ».

Les trois mesures citées par le programme officiel ne constituent que des déclinaisons non-étayées, non-structurées et non-chiffrées de sujets porteurs pour le candidat : l’écologie, la mixité sociale et l’exclusion.

Comme s’il fallait citer ces thématiques, et peu importe le contenu des propositions.

Pour obtenir plus d’informations sur la vision de Benoît Hamon sur les problématiques du logement, il convient de se fier à ses interviews dans les médias.

Sont alors cités une foule de politiques menées par François Hollande et on se croirait de retour au début du précédent quinquennat.

Benoît Hamon souhaite :

  • étendre l’encadrement des loyers instauré par la loi Alur
  • doubler la taxe sur les logements vacants déjà augmentée en 2012
  • instaurer des mesures fiscales pour la réhabilitation de logements comme l’ont fait les dispositifs Duflot et Pinel
  • et, enfin, construire 150 000 logements sociaux par an soit l’objectif de la précédente mandature. 

Apparemment en manque d’imagination, le candidat reprend l’exacte politique du gouvernement auquel il a participé.

En reprenant cette politique, il ne s’intéresse en aucun cas à son échec (la chute des mises en chantiers au début du mandat) lié au désintérêt complet pour les mécanismes de marché.

Le programme du candidat fait tout simplement fi d’une évidence absolue : la dimension économique du marché du logement et donc les jeux d’incitation à investir, à construire, à louer.

Auteurs : Charles-Antoine Schwerer et Nicolas Bouzou

nicolasbouzouÉconomiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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