Apple, la banque et l'immobilier

Apple est devenue une entreprise-star. La société a une fois de plus fait parler d'elle cet été en devenant, soi-disant, la première capitalisation boursière de tous les temps. La nouvelle est imprécise car, si l'on corrige les capitalisations boursières de l'inflation, la plus grosse capitalisation historique reste Microsoft. Mais pardonnons cette erreur car l'essentiel n'est pas là.

Si la valeur boursière d'Apple est si élevée, c'est fort logiquement car ses profits anticipés mais aussi actuels sont colossaux (surtout portés par l'IPhone et l'I-pad), ce qui fait naître un suspense sur la diversification de l'entreprise. Car en bonne orthodoxie financière, Apple ne peut demeurer avec autant de réserves financières. Quels nouveaux business pourrait-elle développer ? L'effervescence d'idées qui entoure Apple fait surnager un fantasme qui perdure : elle pourrait ouvrir une banque. Apple pourrait ainsi prendre pied sur le marché du financement immobilier.

Je ne dispose d'aucune information qui puisse confirmer ce qui relève d'un rêve pour une partie de la population (celle qui utilise avec déférence IPhone, I-Pad ou Mac), et du cauchemar pour une autre (les professionnels déjà installés du secteur financier). Mais analyser ce qui fait l'avantage concurrentiel d'Apple et la façon dont il pourrait changer dans des marchés qui ne sont pas son cœur de métier est un exercice fécond.

Apple utilise les meilleures technologies, mais d'autres pourraient le faire. Le design des produits de l'entreprise est universellement loué mais cet argument, aussi solide soit-il, n'est pas suffisant et s'intègre dans une philosophie plus large. En réalité, le génie d'Apple, c'est d'introduire la simplicité dans la complexité. C'est de mettre à notre portée les plus hautes technologies, sans oublier, c'est vrai, la dimension esthétique.

Cette simplicité recèle une grande valeur marchande dans la mesure où, dans les pays riches, les individus qui disposent des revenus les plus élevés (disons ceux qui se situent dans les trois déciles supérieurs de revenus) sont prêts à acheter du temps puisque leurs besoins plus classiques (alimentation, logement, biens de consommation) sont déjà satisfaits. Or, la simplicité, justement, permet de gagner du temps.

Ces principes pourraient s'appliquer à tous les secteurs qui réussissent mal à simplifier la vie des consommateurs. C'est évidemment le cas dans les produits de placement et d'assurance où les offres sont souvent jugées comme complexes, peu transparentes, et incapables d'éviter une certaine bureaucratie. C'est peut-être moins le cas dans l'immobilier où l'émergence des courtiers en ligne depuis une dizaine d'années va déjà dans le bon sens. Néanmoins, le processus d'acquisition d'un logement, de la recherche du bien à sa signature chez le notaire en passant évidemment par le financement, pourrait être sans doute être considérablement simplifié, pour peu qu'une entreprise en fasse son objectif stratégique prioritaire. Il y a donc bien un espace pour un Apple dans la banque.

nicolasbouzou

Économiste et directeur-fondateur du cabinet de conseil et d'analyse économique Asterès, Nicolas Bouzou est membre du Conseil d'Analyse de la Société auprès du Premier Ministre, directeur d'études à la Law & business school de Paris II Assas, vice-Président du Cercle Turgot et chroniqueur sur Canal Plus. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Chagrin des Classes Moyennes, Lattès, 2011.

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